23.02.2009

Valse avec Bachir, retour

Valse avec Bachir, film israélien de Ari Folman très favorablement accueilli par la critique (et au festival de Cannes) m'a laissé une drôle d'impression, un quelque chose qui ressemble à de la gêne. Pas de l'ennui, non, et puis c'est toujours sympa (et excitant) d'entendre dans une salle obscure "Enola Gay" ou "This is not a love song", chanson de mes années lycée, quand je fréquentais en veste de tweed mes amis grunge.
De la gêne pourquoi? Voilà un film critique à l'égard de la politique d'Israël me dit-on. Un film qui ne se VOILE pas la face (contrairement à ceux de l'autre côté) et qui questionne la culpabilité/responsabilité israélienne dans le massacre de Sabra et Chatila. Et c'est précisément ça qui me pose problème. Nous vivons dans un contexte global où la représentation médiatique des palestiniens les enferment (comme ça ou autrement...) dans le rôle de fanatiques (Hamas, kamikazes), ou d'enfants immatures (Intifada), d'adultes démissionnaires corrompus (le Fatah) ou plein de bonnes intentions, mais dépassés par les événements (Mahmoud Abbas) - toutes choses qui justifient bien évidemment l'intervention militaire israélienne, le blocus, le Mur, les législations racistes, etc.
Dans cette représentation globale des palestiniens, surtout en occident (mais aussi par exemple dans les pays arabes, bien que ce soit d'une façon plus perverse - il faudra y revenir car c'est intéressant), il n'y a pas pour eux de possible humanité.
C'est ce que raconte, en creux, Valse avec Bachir : alliance entre un film tourné sur l'entre-soi israélien et un contexte global de réception stucturé par la représentation que je viens d'esquisser des palestiniens. En effet, ici, il est question aussi de la capacité des israéliens de se questionner; de leur capacité à dire qu'ils ont la mémoire et l'oubli, qu'ils en souffrent, qu'ils sont humains. Les palestiniens ne sont que des victimes, dans une forme d'abstraction révélatrice du déni israélien, même en creux : "eux", ne sont pas vraiment des êtres humains, ils ne sont pas capables d'humanité comme nous le sommes en dépit de nos crimes, car nous agissons aussi contraints et forcés, et c'est cela qui nous est insupportable, car au fond, nous ne sommes peut-être pas ainsi, nous avons la conscience critique.

Tout l'inverse, finalement, du travail d'Eyal Sivan, longuement défendu dans Tausend Augen (n°29).



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