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  • Mise en bouche avant la conférence du 5/05 à Lille

    A propos d'Aladdin, dessin animé (1992).

    Ces quelques réflexions font suite à la note publiée ici même sur Le Roi Lion.aladdin_and_jasmine_hugging.jpg

    Affecté et raffiné, Jafar, le
    méchant de ce film, a été créé par l'animateur gay Andreas Deja qui admet
    l'avoir pensé homosexuel « pour lui donner un aspect théâtral » . Le vizir félon
    évoque en fait un « inverti » jouant les hétérosexuels afin de s'élever
    socialement (il veut épouser la princesse Jasmine). L'homosexualité symbolique
    de Jafar participe donc de sa duplicité : il feint d'être à la fois « normal »
    et loyal. Aladdin marque néanmoins un tournant pour Disney, car son bon génie
    est aussi un « bon gay ». Les avatars de cet esprit queer, tantôt Arnold
    Schwarzenegger tantôt tailleur efféminé, sont autant de défis ludiques aux
    normes. Mais le djinn espiègle est surtout là pour servir Aladdin qu'il aide à
    charmer la princesse, ce qui l'apparente aux homosexuels « nouveaux » du paysage
    audiovisuel américain ayant pour vocation de purger des hommes hétéros de leurs
    défauts, de Philadelphia (1993) à l'émission de télé-réalité Queer Eye for the
    Straight Guy (adaptée par TF1 sous le titre « Queer : cinq experts dans le vent
    »). La conception du génie s'inspirait au départ de showmen afro-américains
    comme Cab Calloway . Le gommage de ce cliché racial et le « progressisme »
    sexuel du film ne l'empêchent pas d'abonder en caricatures d'Oriental qui lui
    attirèrent les foudres de la communauté arabo-américaine, alors même que, de
    leur accent à leurs aspirations, Aladdin et Jasmine font figure de jeunes
    Américains bien sous tous rapports. Cette protestation incita probablement
    Disney à intégrer des Amérindiens dans l'équipe de Pocahontas (1995) mais, une
    minorité chassant l'autre, l'ignoble gouverneur est un dandy gay grotesque.

            Autre sous-texte essentiel, du Roi lion comme d'Aladdin : la guerre du Golfe.
    Le pouvoir du génie, assimilé à l'arme nucléaire , ne doit surtout pas tomber
    entre de mauvaises mains. L'ambigu Jafar s'en empare pour devenir un génie malin
    omnipotent dont la déroute face au héros fait écho à la défaite de « l'Hitler du
    désert » alias Saddam Hussein.

            Dernier point commun de ces dessins animés :  leurs protagonistes ont un profil
    de baby-boomer blanc, à l'instar du successeur de Bush père. Là où les années
    Reagan avaient pour symbole Rambo, Aladdin est une version idéalisée de Bill
    Clinton : issu du peuple, vaguement hippie et ami des gays.

  • L'assassin de Malcom X libéré, reste le film de Ken Jacob

    On apprend aujourd'hui par CNN la libération après 44 années de prison de Thomas Hagen, l'assassin (du moins, le seul reconnu) de Malcom X. Ce qui nous amène (via Cargo-Film) à visionner le film trouvé de Ken Jacob au titre semi-ironique : Perfect Film. Le film est visible ici sur UbuWeb.

    The fortuitous find and instant conception of Perfect Film (1986), a found footage film of eyewitness accounts of the assassination of Malcolm X, is a perfect allegory for Jacobs' notion of "the movies that make up our minds, are our minds in large part". The footage was being sold for the reel on which it was spooled. Jacobs found it, and didn't touch it at all. The drama of shock reveals itself, first in the animated account of a journalist who happened to be in the auditorium, then in the grave and weary non-answers the police chief gives reporters. The story changes, the number of shots fired rises, and the lone newsman in the auditorium refines his story, growing with its power. There is a crowd around him, half of them listening intently, the other half trained on the camera. One man is smiling like an idiot. The film is historically potent, to be sure, but Jacobs perhaps recognised it for its darker suggestions, that in the instant of shock we forget and succumb to the storyteller. - Genevieve Yue (Senses of Cinema, 2004)

     

     

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  • L'Occident regarde l'Orient (conférence à Lille)

     

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  • Les deux bouts de la chaîne : les Femmes, le féminisme, et le renouveau de la gauche/1

    [Nous publions en plusieurs parties des réflexions de Noël Burch rédigées voici deux ans. Ce texte a un peu circulé sur Internet. Nous avons souhaité le porter à la connaissance des lectrices et lecteurs de ce blog, pour deux raisons : la qualité de la réflexion ici menée ; l'influence de Noël Burch sur l'évolution de tausend augen depuis le n°1, en janvier 1995. Aucune actualisation n'a été faite. Il est intéressant de replacer le texte dans la perspective du temps écoulé... Enfin, nous espérons que ces réflexions générales alimenteront le travail sur le cinéma et les cultures audiovisuelles que T.A. continue de mener].


    Par Noël Burch

    « Il faut tenir les deux bouts de la chaîne ». Combien de fois n'ai-je 
entendu cette phrase au sein du PCF il y a vingt-cinq ans ! Elle m'a 
profondément marqué, elle nous disait qu'il fallait apprendre à agir 
politiquement dans la pleine conscience des contradictions, lesquelles 
fondent toute vie en société. Ce précepte, le PCF l'a oublié 
aujourd'hui, ce qui contribue à expliquer une déshérence sans doute 
définitive...

Mais quels sont donc de nos jours les « deux bouts de la chaîne » en 
politique... ?

Ils se résument, je crois, à deux constats à la fois irréfutables et 
parfaitement irréconciliables :
grâce surtout à l'implosion du camp socialiste, mais aussi à un long 
travail idéologique de captation des esprits, les classes capitalistes 
sont enfin en train de réaliser l'essence de leur système, à savoir 
l'accumulation aveugle et illimitée comme objectif en soi. Ce faisant, 
elles entraînent la planète et tous ses habitants vers des catastrophes 
difficilement imaginables (productivisme destructeur de l'environnement 
et dérégulateur du climat, écart toujours plus grand entre riches et 
pauvres).

Alors qu'est-ce qu'on attend pour faire la révolution ? Devant une 
réalité aussi aveuglante, elle ne peut qu'être pour demain !
 Mais c'est qu'en face, ce mouvement fatal est puissamment étayé, en 
Europe tout particulièrement, par un rapport de forces écrasant en 
faveur du capital financier et de ses auxiliaires politiques de toute 
couleur : asservissement des médias, pensée unique des grandes écoles, 
dogmatisme chevillé au corps des technocrates de Bruxelles, il n'y a 
plus guère en Europe de lieu de pouvoir où ne règne sans partage les 
idées de la droite.

Or, cette contradiction entre les souffrances odieuses des uns et le 
pouvoir implacable des autres est paralysante, c'est pourquoi aucun 
discours politique ne les met face à face : aujourd'hui, la pensée 
dialectique est comme oubliée. Dans notre pays, par exemple, il existe 
encore d'importantes forces politiques et syndicales ancrées dans une 
tradition de gauche. Le malheur veut que les unes, impuissantes, ne se 
revendiquent que des souffrances et ignorent superbement cette 
implacabilité trop déprimante, tandis que les autres, potentiellement 
plus puissantes, ne voient comme sujet de cette implacabilité que des 
forces historiques impersonnelles, abstraites, auxquelles elles feignent 
de trouver des vertus, tout en plaignant les victimes, bien sûr. Mais ni 
la gauche de la gauche ni les sociaux-démocrates ne se sont montrés 
capables jusqu'ici de reconnaître la centralité de cette contradiction 
entre l'insupportable et l'implacable, contradiction /pour l'instant 
indépassable/, ni a fortiori de bâtir une stratégie à partir de cette 
reconnaissance.
 (à suivre)

  • T.A. revue pionnière des cultural et gender studies en France ?

     

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    (Extrait d'un article paru dans le n°225 de la revue Diogène)aaaaDIO_225_L148.jpg

     

    "Parmi les publications sur le cinéma qu'on peut rattacher en France aux approches gender, il faut d'abord signaler les travaux pionniers de la revue Tausend Augen, créée par d'ancien-ne-s étudiant-e-s de Noël Burch à l'Université de Lille 3. Depuis 1995, ils/elles ont traduit des textes de référence anglophones (Catherine Driscoll, Dennis Bingham, Christine Holmlund, Robin Wood, John Hess) mais surtout produit des analyses inspirées par les approches gender sur une grande diversité de thèmes, de films, d'acteurs et de cinéastes!: Clint Eastwood, David Lean, les super-héros et super-héroïnes du cinéma hollywoodien contemporain, Joe Dante, Takashi Miike, Manuel de Oliveira, David Lynch, Woody Allen, l'orientalisme au cinéma (avec Lawrence d'Arabie), Peter Watkins, André Téchiné, Luc Moullet, James Stewart, la figure du monstre dans le cinéma d'horreur, La Chienne de Renoir, Pola X de Carax, Eyes Wide Shut de Kubrick, Fight Club... Depuis plus de dix ans, avec une périodicité irrégulière inévitable dans une entreprise quasi militante (les rédacteurs font en même temps un travail d'animation culturelle bénévole dans la région lilloise), Tausend Augen témoigne de la productivité des approches gender pour explorer aussi bien les genres les plus commerciaux d'Hollywood que le cinéma d'auteur le plus élitiste. Il ne s'agit pas d'approches essentialistes mais au contraire de travaux qui prennent toujours en compte le contexte socioculturel de production et de réception."

  • La guerre de l'imaginaire/3

     

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    « Une des choses les plus difficiles à faire comprendre aujourd'hui, c'est l'inscription sociale de la délinquance. C'est pourtant une donnée de base. (...) L'identité délinquante est une identité par défaut.» (4) La Haine évite précisément de souligner en quoi « la culture de la pauvreté fait une place considérable à la violence. » (5)

    Ainsi apparaît en creux une vision essentialiste qui élude la question des rapports de domination tout en sollicitant l'imaginaire collectif du Français lambda sur les banlieues (6). L'efficacité du film vient de ce qu'il s'appuie sur un certain nombre de lieux communs, et de ce que le dominé finit par intégrer la représentation de lui-même élaborée par le dominant (7). Voilà pourquoi on parle de rapports de pouvoir : la solution politique et esthétique passe par leur déconstruction préalable à tout discours ou toute action.

    Un an avant La Haine, Hexagone (8) sortait sur les écrans. Un film français lui aussi, réalisé par Malik Chibane. En tous points, Hexagone se situe à l'opposé du film de Kassovitz. Chez Chibane, les questions centrales ne sont pas celles de « la haine » (de soi et des autres), du vide existentiel, de la violence gratuite, et de la pulsion suicidaire. Il y est question de rapports sociaux et de rapports de sexe, de pratiques rituelles religieuses, sociales, et socialisantes, de discrimination socialement déterminée, et de filiation.

    Comme dans La Haine, l'école est remarquablement absente de l'écran (on pensera a contrario à tous ces films sur les « années lycée » mettant en scène les classes moyennes et aisées). La famille en revanche y est beaucoup plus présente, dans toutes ses dimensions. Les relations interpersonnelles sont subtilement notées, l'importance du lien avec le père ou la mère constamment soulignés. Cela n'empêche nullement une même fin tragique, mais le film nous montre un héros animé non d'une pulsion de mort, mais de vie, et les principaux protagonistes sont pluridimensionnels. De plus, Hexagone est parcouru de notations culturelles spécifiques qui inscrivent le film au cœur d'un imaginaire propre aux populations représentées. Ce n'est sans doute pas un hasard si la Télévision est exclue du champ : il faut sans doute cela pour commencer à se réapproprier des images, un langage, une identité, confisqués par les représentations dominantes (voir la scène où Staff se fait passer pour un Italien pour draguer une fille).

    A notre époque de confusion extrême des idées et des valeurs politiques, c'est aussi sur le terrain des imaginaires que se joue la vraie guerre. Le cinéma a un rôle fondamental à jouer. Au-delà de la perspective éducative, il s'agit de constituer enfin un imaginaire national qui sache intégrer l'altérité, non la nier.

     

     

     

     

    NOTES

    (4)Laurent Mucchielli, op. cit.

     

    (5)Ibid.

     

    (6)Le personnage du Juif rescapé des camps soviétiques est très problématique, parce que le moment et la façon dont il intervient facilite l'amalgame entre les jeunes des banlieues, leur irresponsabilité morale et sociale (ce que tout le monde pense, à savoir que ce sont des déchets, qu'ils ne « servent à rien »), et l'antisémitisme supposé des populations maghrébines. De la même façon, on peut s'interroger sur la séquence de torture dans le commissariat qui constitue plus un insert anachronique évoquant la Guerre d'Algérie et la culpabilité collective des Français « qui ont fermé les yeux », qu'une dénonciation des conditions de détention réelles des interpellés de couleur.

     

    (7)La personne de couleur stigmatisée comme « mauvais Français » en vient à assumer une identité négative, et par défaut cherche à reconstruire une identité pleine dans le refuge culturaliste.

     

    (8)50 000 entrées en fin d'exploitation.