08.09.2009

Le temps qu'il reste

TA29_couv.jpgDans son numéro 29 Tausend Augen avait consacré un important dossier au cinéma palestinien-israélien (Eyal Sivan, Michel Khleifi, Simone Bitton, Elia Suleiman, Ram Loewy,...). A l'époque, Elia Suleiman avait eu l'honneur de la couverture, avec une image tirée de son film Intervention divine, et Jean-Marc Genuite lui avait consacré une belle étude.


Or, depuis quelques années, et notamment grâce au travail remarquable d'une distributrice, Sophie Dulac, le public français découvre de nombreux films israéliens ancrés dans la réalité quotidienne, tenant souvent la "présence" palestinienne à bonne distance, voire l'esquivant complètement. Films de la normalité nationale qui ne vont pas sans susciter un certain malaise dans le contexte actuel...Certains toutefois tentent le rapprochement (comme le sympathique mais criticable La visite de la fanfare) façon Accords d'Oslo. On ne boudera pas notre plaisir, certains de ces films (Mon Trésor, Prendre Femme, Mariage Tardif) nous ont permis d'apprécier l'étendue du talent et surtout de la personnalité de Ronit Elkabetz, juive, israélienne d'ascendance marocaine que j'avais vue pour la première fois au Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine, et qui nous font regretter encore plus vivement au Maroc la déportation organisée entre le pouvoir royal et le mouvement sioniste international des Marocains Juifs vers la terre d'Israël, ramenant une communauté de plus de 200 000 individus dans les années 50 à moins de 3000 aujourd'hui.
Il n'en reste pas moins que la veine plus politique du cinéma israélien et du cinéma palestinien, qui se trouve marginalisée, recèle d'authentiques réussites, réussites d'autant plus importantes qu'elles assument un propos politique que bien peu osent encore tenir.

Il en va ainsi du nouveau film d'Elia Suleiman, Le temps qu'il reste, injustement passé inaperçu à Cannes, alors que son Intervention divine avait enthousiasmé la Croisette et récolté le Prix du Jury.

Ce n'est pas par hasard, ni que le film est moins bon : c'est avant tout que le contexte n'est plus le même. Avec la disparition d'Arafat, et l'émergence du Hamas comme représentant du peuple palestinien, légitimement porté au pouvoir par la voie des urnes tant vantée par les puissances occidentales, il est devenu impoli d'évoquer le sort des Palestiniens en haussant par trop le ton. Cela est d'autant plus paradoxal que depuis Intervention divine la catastrophe n'a fait qu'empirer. Le Mur et la politique d'apartheid développée par le pouvoir israélien auraient dû soulever une indignation internationale à la mesure de celle constatée pour les attentats suicide touchant des civils innocents.

Ce n'est pas le cas, et pourtant le Palestinien au passeport israélien Elia Suleiman n'y va pas par quatre chemins. On sera bluffés par son talent de monteur dans les deux premières séquences du film, absolument virtuoses et poignantes, mettant en scène l'effacement de l'identité palestinienne derrière l'israélien, rappelant le titre de son premier long métrage, Chronique d'une disparition. Sans verser dans l'égotisme, Elia Suleiman, mêle la chronique familiale, l'histoire de son père et de sa mère (le film s'ouvre sur cette belle dédicace en Arabe : "Ila Dikra Abi wa Oummi") la sienne propre, et l'histoire de la Palestine occupée. Sous des dehors lunaires et contemplatifs (son personnage ne pipe mot, et c'est d'une violence rare, métaphore de la voix que le pouvoir dominant confisque), Elia Suleiman développe un discours sans complaisance, d'une intransigeance qu'il ne faut pas commencer à confondre avec l'intolérance : il y a simplement des choses sur lesquelles il n'y a pas à discuter. Ainsi, on rira notamment lorsque de retour dans la maison de ses parents après un exil à l'étranger Elia Suleiman met en scène un policier israélien dans le rôle de sa femme de ménage...On pleurera aussi, dans ces moments poignants qui évoquent la disparition de ses parents. On se régalera de son talent de metteur en scène et de scénariste, mélange non intellectualisé de Tati, Chaplin, et Bunuel, pour l'ironie mordante et pourtant la foi extrême en la force de l'humain.

Et au bout du compte, en sortant de la salle, c'est la voix de la Palestine qu'on aura entendue. Sans qu'elle ait eu besoin de remuer les lèvres.

07.09.2009

Parution : A Short History of Cahiers du Cinéma

Je vous signalais la publication du remarquable article d'Emilie Bickerton Adieux to Cahiers dans la New Left Review il y a 3 ans et qui regardait l'itinéraire intellectuel des Cahiers du Cinéma d'un point de vue extérieur aux copinages franco-français, nombrilismes et autres indulgences devant l'Institution qu'était devenu ce nom. La Revue Internationale des Livres et des Idées en avait offert plus tard une traduction française en deux parties (1 et 2).

La vénérable maison d'édition Verso Books publie désormais un livre de 254 pages d'Emily Bickerton intitulé A Short History of Cahiers du Cinéma. Autant dire que voilà un livre qui ne s'éternisera pas sur ma table de nuit...

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05.09.2009

W.J.T. Mitchell à Paris pour présenter Iconologies

On lit sur le chaudement recommandé blog d'André Gunthert que W.J.T. Mitchell passe ces jours-ci à Paris à l'occasion de la parution d'Iconologie aux éditions Les Prairies Ordinaires.

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Voici le billet du blog del'Actualités de la Recherche en histoire visuelle :

L'un des principaux artisans de la création des visual studies, W.J.T. Mitchell (université de Chicago) est arrivé à Paris pour présenter son premier livre traduit en français, Iconologie, paru aux éditions Les Prairies ordinaires. Comme de juste, il a commencé sa tournée par un petit déjeuner à l'INHA, à l'invitation des étudiant(e)s du Lhivic.

Après avoir évoqué le dernier blockbuster, District 9, où les extraterrestres prennent l'apparence de crustacés et figurent la nouvelle menace des migrants, Tom Mitchell a présenté ses prochaines publications. Edité en collaboration, Critical Terms for Media Studies, ouvrage collectif à paraître aux Chicago Press début 2010, fera le point sur les évolutions récentes des medias studies. Cloning Terror est le titre du prochain essai consacré à la manipulation des représentations de la période Bush, que Mitchell caractérise par la fusion des récits du clonage et du terrorisme. En poursuivant sa réflexion sur l'aspect viral du clonage, il le décrit comme la métafigure des images du futur (voir ci-dessous, intervention du 11/09)

La conversation s'est poursuivie sur la prohibition des images dans les religions mosaïques (voir ci-dessous, intervention du 08/09), les métadonnées de la photographie numérique, les caractères du cameraphone, enfin sur l'avenir des visual studies. "We won't be stopped", a-t-il conclu, en encourageant les étudiant(e)s dans leurs recherches. Une première rencontre excitante et joyeuse qui donne le signal des travaux de l'année à venir, en attendant des débats plus formalisés.

Interventions de W.J.T. Mitchell

  • Mardi 8 septembre, 14h - "Idolatry: Nietzsche, Blake and Poussin", suivie d'une table ronde avec François Brunet, Catherine Bernard, Marie-José Mondzain, Marc Vernet, Maxime Boidy et Stéphane Roth, Institut Charles V, université Paris 7, 10, rue Charles V, 75004, Paris.
  • Mardi 8 septembre, 18h - Dialogue avec Jacques Rancière, Les Prairies ordinaires, 206 boulevard Voltaire, 75011 Paris.
  • Jeudi 10 septembre 2009, 18h30 - Conversation publique avec W.J.T. Mitchell, avec la participation de Philippe Bordes, Maxime Boidy et Stéphane Roth, INHA, galerie Colbert, 2, rue Vivienne, 75002 Paris.
  • Vendredi 11 septembre, 19h - "The Future of the Image", musée du Jeu de Paume, auditorium Concorde.

Réf. W.J.T. Mitchell, Iconologie. Image, texte, idéologie, traduit de l'américain par Maxime Boidy et Stéphane Roth, Paris, Les Prairies ordinaires, 2009, 24 €.

31.08.2009

dans le dernier N° d'e-flux, un article de Sven Lütticken. "Viewing Copies: On the Mobility of Moving Images”

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▴ Joep van Liefland, Video Palace # 23 - Hollywood was Yesterday, 2007, Installation view, Galerie/L'atelier Jean Brolly, Paris. Courtesy the author and the artist.

 

 

An artist once paid a critic back for lunch by handing him a viewing copy of a video work, adding that this should be more than enough—after all, the piece was worth 25,000 Euro. Both were in on the joke, of course; both knew that a DVD viewing copy of an art video is worth even less than an empty new DVD. In a way, viewing copies do not really exist—their spectral status is owed to the art world’s economy of artificial scarcity and the severe limitations it imposes on the movement of images. Aby Warburg once called Flemish tapestries—early reproductive media that disseminated compositions throughout Europe—automobile Bilderfahrzeuge. (1) Later media have proven to be rather more powerful “visual vehicles” capable of being produced on a Fordist assembly line. But rather than have the work travel to the viewer—an increasing tendency throughout the nineteenth and twentieth centuries—in the case of video or film pieces in contemporary art the viewer has to travel to the work, installed in a gallery or museum.

In contemporary art, even pieces produced in media that allow for infinite mass (re)production are executed only in small editions. In the age of YouTube and file-sharing, this economy of the rarified object becomes ever more exceptional, placing ever-greater stress on the viewing copy as a means of granting access to work beyond the “official” limited editions and outside of the exhibition context. The viewing copy is the obverse of the limited edition: as a copy given or loaned to “art world professionals” for documentation or research purposes, it can never be shown in public. The viewing copy thus widens the reach of the work of art, but confidentially and in semi-secrecy. It is precisely this eccentric status of the viewing copy within the economy of art—which itself has an equally exceptional status within contemporary capitalism—that makes it an exemplary object, a theoretical object par excellence.

[Lire la suite sur e-flux]
1) Aby Warburg, “Mnemosyne. Einleitung” (1929), in Der Bilderatlas Mnemosyne, ed. Martin Warnke and Claudia Brink (Berlin: Akademie Verlag, 2000), 5.

 

12.08.2009

À tout ceux qui ne seront pas en Californie le semestre prochain

 

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Henry Jenkins présente sur son très riche blog (Confessions of an Aca Fan) le contenu du cours qu'il tiendra à partir de la rentrée à la University of Southern California sur le thème Transmedia Storytelling and Entertainment.

On peut éventuellement regretter de ne pas y assister, mais on peut aussi se réjouir que ce billet fasse office d'introduction au travail d'Henry Jenkins avec une bibliographie structurée de son blog.

Enfin, en francais, un long entretien avec Henry Jenkins ("Comprendre la culture web 2.0") à lire à partir du 12 septembre dans le premier numéro de la revue POLI, politique de l'image

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31.07.2009

5 perles de la World Cinema Foundation en stream gratuit

On peut lire sur le précieux site de The Auteurs (je vous recommande aussi le blog The Auteurs Daily tenu parDavid Hudson) un mot d'introduction de Scorsese présentant 5 perles du cinéma restaurées par la WCF (World Cinema Foundation) et accessibles en streaming sur le site.

VANGUARD RESTORATION: THE FIRST FILMS OF THE WCF

May - August 2009

I am proud to present this first line-up of films restored with the aid of the World Cinema Foundation. We launched the foundation in 2007 with the goal of restoring and preserving neglected films from around the world. We also understood, very quickly, that we needed to help create awareness of the films, to get them known and seen. That’s why we entered into a partnership with The Auteurs.

The diversity of these pictures reflects the foundation and all it stands for, but it also reflects world cinema itself, and the richness to be found in the lost corners of cinema history.

These films were made at different moments in history, under a variety of circumstances, all across the globe. Each title needed attention and care. I’m glad that the World Cinema Foundation was able to help with their restoration and preservation. Each and every title is precious to me, and my hope is that a viewing on this website will lead you to seek out screenings of these pictures or perhaps DVDs as they appear. They don’t deserve to be kept a secret. They deserve to be known.

-Martin Scorsese

Le voyage de la hyène [Touki Bouki](Djibril Diop Mambéty, Sénégal - 1973)

Un été sans eau [Susuz Yaz] (Metin Erksan, Turquie - 1964)

Transes (Ahamed El Maanouni, France/Maroc - 1981)

La servante [Hanyo] (Kim Ki-youg, Corée du Sud - 1960)