Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

études de cinéma

  • Quelle écriture pour l'Histoire du Cinéma? /4

    Imaginons une posture idéale de l’’Historien du cinéma… Aujourd’hui celui-ci ne peut s’affranchir de cet héritage conceptuel et méthodologique. Le premier changement majeur par rapport aux historiens d’avant la rupture épistémologique que constitue le Postmodernisme (on questionnera plus loin la portée réelle de ce courant philosophique) intervient quant au statut de l’écrivant. Brunetta le souligne bien : « Le chercheur est aujourd’hui conscient de la précarité et de la modification permanente des jugements ». Dès lors, l’instabilité du jugement peut conduire à trop vouloir enserrer celui-ci dans un faisceau de validations scolastiques. C’est un piège qui guette l’historien : assumer une part de subjectivité dans son rapport à l’écriture est essentiel. C’est bien sûr une marque de confiance à l’égard du lecteur (et tant pis pour la scientificité) mais c’est surtout une manière d’insister sur le caractère fondamental de l’Historiographie comme art de la transmission. L’historiographe est celui qui écrit « l’histoire de son temps », l’historien est l’auteur de travaux historiques… Si caractère d’impermanence de ce travail il y a, il doit donc permettre l’intégration, dans le mouvement même de l’écriture, d’une part de subjectivité, et de personnalisation. L’expérience esthétique est indissociable de l’analyse de l’œuvre. Dialectiser l’une et l’autre permet de toucher à l’exigence de complexité propre au monde actuel. Faire œuvre d’historien implique un travail de choix et de hiérarchisation ; les mises en perspective, les problématiques soulevées, les conclusions amenées, s’inscrivent ainsi dans le cadre d’une expérience humaine énoncée et circonscrite. D’une certaine manière, c’est là dérive postmoderne, qui tutoie le champ du relativisme en remettant au cœur du processus de l’écriture l’individu écrivant –tout en prétendant le contraire : l’individu se dissimule tout simplement derrière le jeu des simulacres et des reflets.
    Enfin, l’historien du cinéma se concevant comme écrivant ne peut plus se contenter d’une connaissance aussi érudite soit-elle des objets-films en tant qu’oeuvres. Les conditions économiques, politiques, sociologiques, de production, diffusion, et de réception des films sont à prendre en compte. Combien d’évaluations historiques ou esthétiques deviennent-elles contestables voire caduques pour avoir négligé les aspects prosaïques de l’existence d’un film ? Cela rend d’autant plus complexe le traitement de sujets larges, et conduit à la spécialisation des recherches sur des champs extrêmement circonscrits. Ces travaux sont utiles, et importants ; il n’en reste pas moins regrettable que des projets plus globalisants en deviennent du coup presque inimaginables pour des auteurs tétanisés par l’enjeu.