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JAG

  • Le 11-Septembre,l'Irak, et la mise en scène de la citoyenneté sacrificielle

    Bien que nombre de séries américaines (1) aient déjà présenté des épisodes se déroulant en Irak, Over there a la singularité d’être la première à prendre le conflit irakien pour cadre, en dépeignant notamment l’éprouvant quotidien d’un groupe de jeunes recrues. En l’occurrence, la série produite par Steven Bochco (NY Police Blues) se présente comme la synthèse des précédents avatars télévisuels de la guerre en Irak, en optant pour une voie médiane entre le soutien inconditionnel à l’expédition bushienne (JAG) et la représentation de la guerre comme une tragédie – qui frappe avant tout les Américains, du champ de bataille au homefront (Urgences) (2).ce46915bb15a2b6ff3872606589ea196.jpg
    Formé de six soldats placés sous la houlette d’un sergent aguerri, un microcosme multiracial et multiethnique (comportant même un personnage arabo-américain d’origine irakienne), dans la lignée de Frères d'armes (3), est le noyau central d’Over there. A l’instar de ce feuilleton militaire d’HBO, Over there montre avec force détails réalistes la violence de la guerre et ne fait pas de mystère sur les motivations peu patriotiques de la plupart des recrues, (pour qui l’engagement militaire est d’abord un tremplin social), tout en répondant, directement ou par allusion, aux critiques suscitées par l’intervention américaine en Irak.


    C’est ainsi que la torture psychologique infligée à un rebelle irakien (avec des allusions à Abou Ghraib) est justifiée par la nécessité de récupérer des missiles volés et qu’un épisode fait des civils irakiens tués lors d’une fusillade, les victimes d’un stratagème d’insurgés sans scrupules, tandis que les images filmées par un journaliste britannique "embedded" seront détournées par sa chaîne pour faire porter le chapeau à un des soldats noirs - issu du ghetto - de l’escouade.
    De plus, des insultes racistes (telles que « sandnigger ») sont placées dans la bouche du soldat en question, ce qui permet au spectateur d’y adhérer et de les renier simultanément.
    Enfin, un orphelinat tenue par une Française est sauvé de la confiscation prévue par le nouveau régime irakien grâce au noble sacrifice du sergent de l’escouade qui, sur le point de quitter l’armée, accepte de reprendre du service en échange d’une intervention de son supérieur (il sera récompensé par une nuit d’amour dans les bras de la Française reconnaissante).
    La tonalité mi-élégiaque mi-martiale de la série semble conçue de manière à lui permettre de fédérer différents publics (4), d’autant qu’elle accorde une place de choix à la vie quotidienne des familles de certains soldats et aux communications par webcam entre les personnages et leurs épouses.38ef073fef1ce16129b5bc7af6beee8e.jpg
    D’une manière générale, Over there reprend à son compte l’éloge, omniprésent dans les représentations cinématographiques et télévisuelles du 11-Septembre et ses conséquences, d’une citoyenneté sacrificielle (5), en l’occurrence à travers les épreuves collectives que traverse un microcosme de citoyens-soldats soudés face à une guerre qu’ils ne comprennent pas toujours mais qu’ils ne remettront jamais véritablement en cause.

     

     

     

    NOTES
    1.Telles que Urgences, JAG ou encore NCIS.
    2.Cette tonalité élégiaque est également présente dans la presse américaine : voir par exemple le tout récent numéro spécial de Newsweek (semaine du 2 avril 2007) où la guerre est présentée exclusivement à travers la correspondance des soldats tombés en Irak.
    3. Série de la chaîne HBO se déroulant lors de la Deuxième Guerre Mondiale, elle-même dérivée de Il faut sauver le soldat Ryan. Clin d’œil appuyé au film de Spielberg, un des soldats d’Over there est un tireur d’élite pieux.
    4.Un autre soldat est un intellectuel pétri de « culture cultivée » doublé d’un professionnel au-dessus de tout reproche.
    5.Cf. « Superman et le 11-Septembre », Le Monde Diplomatique, octobre 2006.