09.06.2008

Quelle place pour les cultural studies en France ?

Samedi 14 juin / 19h30-21h (Forum Vive la culture ! au théâtre des Amandiers, Nanterre)

Quelle place pour les cultural studies en France ?

InvitéEs : Marie-Hélène Bourcier, solciologue, université de Lille III / Richard Klein, Cornell University
 
 
Entre accueil pour le moins tardif et backlash disciplinaire (eh oui déjà !) les dites études culturelles assurent une présence sporadique et fragile de perce neiges dans le lac universitaire français resté scotché au quaternaire... Le problème, c’est que lorsqu’on y a gouté, qu’il s’agisse des médias studies ou des gender studies, des black studies ou des post-colonial studies, des porn studies ou des queers studies, on ne peut plus s’en passer. C’est que le potentiel politique  et personnel des approches développées par les culturalistes de Birmingham (Hall, Williams, Fiske, Mac Robbie) ou anglosaxons en général explose la conception unitaire et momifiée de la Culture avec un grand C à la française et favorise la prolifération de nouvelles approches et de subcultures libérées de la politique d’auteur surplombante, de l’esthétisme et du républicanisme excluant. Plurielles, sociologiques et politiques, transationales, il sera difficile de les déplacer comme le nuage de Tchernobyl.
 
Marie-Hélène Bourcier est sociologue et enseigne les études culturelles à l’université de Lille III ainsi qu’à Paris I et Paris 8. Ses ouvrages traitent des genres, des sexualités et des minorités en adoptant dans le fond comme la forme une approche culturaliste. Voir notamment « Qui a peur des études culturelles ? » dans Sexpolitiques, Queer Zones 2, Paris La Fabrique, 2005 et Queer Zones 1, réédité aux éditions Amsterdam en 2007. Elle vient d’ouvrir le premier séminaire de master queer à l’EHESS (FuckMyBrain) en partenariat avec le Palais de Tokyo et se tue actuellement à la tâche pour organiser le premier Festival International de Films Pornos qui aura lieu du 3 au 6 juillet 2008 au cinéma Action Christine à Paris.

 

 

Accès Théâtre Nanterre-Amandiers

7 avenue Pablo Picasso - 92022 Nanterre cedex - standard 01 46 14 70 70
 
Par le RER : ligne A, arrêt Nanterre-Préfecture - Navettes au départ de la gare RER pour se rendre au théâtre toutes les 15 mn
A pied : depuis le RER Nanterre-Préfecture : par le parc, itinéraire flêché / 10 mn
En voiture :  1/ accès par la RN 13, place de la place de la Boule, puis itinéraire fléché
                   2/ accès par la A 86, direction la Défense, sortie Nanterre Centre, puis itinéraire fléché
                   3/ depuis Paris porte Maillot, prendre l’avenue Charles de Gaulle jusqu’au pont de Neuilly, après le pont, prendre à droite le bd circulaire direction Nanterre, suivre Nanterre Centre, puis itinéraire fléché
Parkings   ave Pablo Picasso (sauf samedi matin) ou ave Jules Quentin près du RER

12.02.2008

Jamais trop tard

Entretien avec Maxime Cervulle éditeur de Identités et cultures, politiques des cultural studies, de Stuart Hall (Editions Amsterdam, 2007)  (Le Monde, le 31 janvier 2008)

 

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Quelle est la place de Stuart Hall sur la scène des "études culturelles" (cultural studies) ?

Hall a joué un rôle central dans leur développement en Grande-Bretagne. Lorsqu'il succède à Richard Hoggart à la tête du Centre for Contemporary Cultural Studies de Birmingham, en 1968, il poursuit le projet qui consiste à opérer un retour réflexif sur le marxisme et à développer des analyses ethnographiques des modes de vie et cultures populaires. Parallèlement, il ouvre de nouvelles pistes : par exemple, en prêtant l'oreille aux contestations féministes au sein du Centre, en mettant l'accent sur les identités culturelles dans la réflexion sur le pouvoir ou encore en s'inspirant des théories critiques européennes, de la "French Theory" à Gramsci. Ce dernier va d'ailleurs jouer un rôle important en lui permettant d'adopter une approche plus dynamique de la culture - loin du réductionnisme économique du marxisme classique - et en substituant aux concepts de "domination" et d'"aliénation" celui, plus souple, d'"hégémonie". Plutôt que de critiquer un "grand méchant média" qui injecterait directement des contenus dans les cervelles de masses passives, Hall s'attache à décrire les multiples idéologies qui s'affrontent sur le terrain culturel.


Les "cultural studies" semblent recouvrir un champ très large, comment les définit-il ?

Ce qui rassemble ce champ d'études, c'est le questionnement sur les relations de pouvoir dans la sphère culturelle. Les deux concepts majeurs de Hall, la "politique de la représentation" et la "politique de la signification", renvoient tous deux à la lutte sémiotique qui se joue au sein du discours. L'enjeu est d'analyser les rapports qu'entretiennent la signification, la représentation et les dynamiques de pouvoir au sein d'une société, et ce afin d'intervenir politiquement. Il s'agit non seulement de décoder les processus de violence culturelle et matérielle, mais également de tenter de les transformer en intervenant dans les processus idéologiques qui les rendent signifiants.

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Quelle est la place de Hall dans la gauche anglo-saxonne ?

En tant que "postmarxiste", travaillant à la fois avec et contre le marxisme, Hall joue le rôle de conscience réflexive de la gauche britannique. Ses interventions sur le thatchérisme ou le New Labour ont servi de cadre de référence pour penser les contextes politiques auxquels devaient faire face la gauche. Plus généralement, comme un grand nombre d'auteurs postmarxistes tels que Chantal Mouffe ou Ernesto Laclau, Hall pousse la gauche à voir ce sur quoi elle ferme les yeux : l'importance de la notion d'identité dans les cultures contemporaines et la nécessité de formuler une version de gauche de la "politique identitaire", l'indispensable articulation des luttes contre l'injustice économique avec les combats féministes, antiracistes et antihomophobes.


Quasiment ignorée en France, l'oeuvre de Hall commence à peine à y être traduite. Quels sont les effets d'un tel contretemps ?

L'un des effets de cette réception tardive est la troublante impression d'actualité de sa critique du thatchérisme face au contexte français. Pourtant, si l'approche de Hall peut nous être utile, ce serait une erreur que de superposer les deux situations. Il ne faut pas sous-estimer la spécificité des conjonctures historiques, nous dit-il. Ce qui n'empêche pas que l'on se serve de la force de ses analyses pour repenser la gauche française : lorsqu'il écrit "la gauche ferait bien de commencer par "apprendre du thatchérisme"" comment ne pas penser qu'ici aussi la gauche devrait tirer les leçons du sarkozysme et, plutôt que de "résister" passivement, ferait mieux de s'atteler à défaire les constructions idéologiques qu'il a patiemment articulées pour les reconfigurer dans un autre cadre de pensée ?

21.01.2008

Quelle écriture pour l'Histoire du Cinéma? /10

Sur le plan méthodologique, il manque en France une assimilation des apports des Cultural Studies, Star Studies et Gender Studies, développées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis depuis quarante ans (sans compter les pays nordiques, ou l’Allemagne) qui ont engendré dans différents domaines disciplinaires mais aussi dans les études de cinéma une manière novatrice d’envisager la recherche. Ces méthodes permettent par exemple de répondre de manière convaincante au constat fait par Brunetta à propos des oppositions dispersion/interdépendance, et centralisation/polycentrisme. e816c7162b56dd480ec8b8b2dd2ad15e.jpg
Les Cultural Studies peuvent se définir ainsi : « Il s’agit de considérer la culture au sens large, anthropologique, de basculer d’une réflexion centrée sur le lien culture-nation à une approche de la culture des groupes sociaux. Si elle demeure fixée sur une dimension politique, la question centrale est alors de comprendre en quoi la culture d’un groupe, et d’abord celle des classes populaires, fonctionne comme contestation de l’ordre social ou à l’inverse comme mode d’adhésion aux rapports de pouvoir. »
Cette approche intéresse l’historien de cinéma à plusieurs titres. Dans la continuité des « spécialisations » engendrées par les Annales (histoire culturelle, histoire des mentalités), les Cultural Studies permettent d’intégrer la notion de groupe social dans l’analyse du rapport au cinéma, art populaire par excellence. L’histoire du cinéma est indissociable de l’histoire des groupes sociaux qui pratiquent le cinéma. Par exemple, le nombre et le succès de certaines productions de Luc Besson (Le Baiser mortel du dragon de Chris Nahon, 2001), Yamakasi (Ariel Zeitoun, 2000), Taxi (Gérard Pirès, 1998), est indissociable du développement des multiplexes dans les zones de périphérie urbaine fréquentées par un public jeune et populaire en même temps que du renforcement et de la légitimation de l’identité liée à l’appartenance à une « banlieue ». Cette approche aide à penser le fait culturel et artistique dans sa complexité, à l’instar des Star Studies et des Gender Studies qui s’inscrivent dans l’héritage conceptuel et méthodologique des Cultural Studies.

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13.01.2008

Présentation de "Tausend Augen"

Tausend Augen est une revue créée en 1995 à Lille - à l'origine essentiellement par des étudiants du Département d'Études Cinématographiques de l'Université de Lille III, mais qui a toujours été et reste indépendante. L'objet de la revue - sous-titrée tout d'abord revue de cinéma, télévision, vidéo..., puis revue trimestrielle des arts visuels, puis à partir de 2002 revue des cultures audiovisuelles et enfin à partir de 2006 "cultures audiovisuelles et représentations" - est l'analyse critique des œuvres audiovisuelles, essentiellement le cinéma, mais avec un souci constant de multidisciplinarité, d'où des incursions régulières dans les domaines de la télévision, l'art vidéo, la photographie, etc... Tausend Augen n'a jamais hésité à traiter aussi de bande dessinée, arts plastiques, jeux vidéo, musique concrète, machines musicales, danse contemporaine...

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Dès sa création, Tausend Augen a ancré son approche critique dans les gender & cultural studies anglo-saxonnes, prenant ses distances avec la doxa auteuriste de la critique française cinéphilique. Le numéro 1 comprend notamment un long entretien avec Noel Burch, critique et théoricien américain enseignant alors la théorie du cinéma à l'Université de Lille III.

Outre le travail théorique et critique spécifique des ses membres et collaborateurs, Tausend Augen propose régulièrement des traductions d'auteurs anglo-saxons généralement négligés en France. Les rédacteurs de Tausend Augen ont pu qualifier leur ligne éditoriale de socio-esthétique et d'analyse critique des représentations.
En 2004 sont créées les Editions Tausend Augen qui prolongent le travail critique de la revue par la publication de livres et DVD.