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cyberpunk

  • Avatar - Les raisons du succès/2 Etre Blanc dans un monde de brutes

    Finalement, un film assez banal en dehors de la performance technologique (en 2h46, on a failli s’ennuyer), alors pourquoi un tel succès ? On pourrait essayer d’avancer une raison inavouable par ces latitudes : et si le succès d’un film était dû avant tout à ce qu’il raconte (ou pas) ?

     

    Les conditions de la sortie du film (le contexte politique, économique, culturel,…), de même que l’ampleur des moyens déployés, les intérêts qui y sont associés, la réception publique et critique du film… Tout concourt en cette aube de deuxième décennie du 21è siècle (quand même) à confirmer l’intuition première qui nous étreint durant la projection. Avatar nous fournir de quoi nous rassurer en temps de crise. Les piques anti-militaristes voguent sur la vague de la popularité internationale d’Obama, Prix Nobel de la Paix. La conscience critique du capitalisme s’affirme ici à travers une sorte d’écologie New Age où la crise existentielle individuelle et le parcours initiatique (de même que des références mystiques à la conscience universelle) remplacent la lutte des classes et le thème de l’utopie sociale (obsolète dans ce récit postmoderne). Depuis Naissance d’une Nation de Griffith, au fond, on n’a pas beaucoup évolué : nous avons toujours affaire au grand récit (pour contredire Lyotard) de la construction de l’hégémonie blanche, qui enferme toute altérité dans une représentation ethnicisée et infériorisée, tout en travaillant à rendre « naturelle » et « déracialisée » sa position dominante.


    Ici ou on a parlé de Danse avec les loups, de Lawrence d’Arabie, du Dernier Samouraï,… bien entendu la liste est longue. Interminable. Puisqu’il est question avec Avatar d’un récit structurant (tout ce qui est humain mais pas blanc, hétérosexuel, masculin, et occidental), il existe des milliers de films qui reproduisent peu ou prou, avec des variations plus ou moins subtiles, ce même schéma que des dizaines d’années de luttes politiques ne parviennent pas à ébranler. Rien d’étonnant à cela puisque nous sommes dans une situation d’hégémonie culturelle politique et sociale qui construit l’ensemble du monde connu (et inconnu) à travers le prisme de l’identité blanche.


    Les Na’vis sont connotés Indiens et Noirs à la fois par leurs rites, leurs mimiques, leur parler, leur mode de vie (un coup d’œil après visionnement du film sur les vrais visages des acteurs et actrices incarnant les Na’vis nous permet de confirmer l’hypothèse). Ils sont plus proches de la Nature, plus animaux, que les humains (ils feulent quand ils sont en colère, leur gamme émotive est simpliste : agressivité, détresse, impulsivité d’une façon générale). Selon une perspective qui n’est pas sans évoquer le néo-bouddhisme de Matrix, ils sont « interconnectés » avec la planète, comme l’ensemble des êtres vivants – y compris les plantes -, formant une gigantesque base de données organique (un tournant cyberpunk des plus intéressants que le film aurait pu emprunter, mais qui n’est qu’esquissé. En effet, tous les éléments sont potentiellement présents, du confinement de l’action dans un espace géographique réduit à l’aspect édénique de la planète et jusqu’au matériau filmique lui-même, pour nous suggérer que Pandora n’existe pas vraiment, et n’est qu’une réalité virtuelle). Ils nous sont présentés comme une forme de civilisation certes équilibrée mais primitive, et ce n’est qu’aux trois-quarts du film que l’on découvre que sur Pandora il existe d’autres tribus Na’vis (d’ailleurs, les étrangers sont toujours organisés en tribus, répondant à la loi du plus fort et du plus sage). Ils sont d’autant plus rabaissés au rang d’une forme de vie primitive que leur mobilisation échoue à remporter la bataille face aux machines humaines : il faut attendre que la planète s’affirme comme un être « conscient » (il est clairement dit que d’habitude elle se contente de veiller à l’équilibre sans prendre parti ; or, si ici elle prend parti c’est qu’elle – la planète- dispose d’un libre arbitre et d’une conscience éthique, qui lui permettent de distinguer entre ce qui est « bien » et ce qui est « mal » et donc de faire un choix) et mobilise ses forces animales pour que les humains rendent les armes. Dans cette perspective, les Na’vis ne sont plus qu’une partie du grand tout : en quelque sorte, ils ne sont pas encore éveillés à la conscience, puisqu’ils ne transforment pas la nature ; ils y sont quintessentiellement liés, alors que le propre de l’humain est de pouvoir vivre hors de son élément naturel (argument anthropo-biologique qui fonde la politique d’expansion coloniale).


    Avatar nous raconte comment être Blanc aujourd’hui dans un monde de brutes. On l'aura compris, le vrai sujet d'Avatar est moins le récit d'un idéal de tolérance et d'ouverture culturelle que la mise en scène de l'affrontement entre le camp "Bush" et le camp "Obama", la fusion du marine Jake Sully dans le corps alien Na'vi étant un écho troublant à l'incarnation de l'Amérique blanche dans un président Noir (en réalité métis).

    (suite et fin demain).