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delphine robic-diaz

  • Séminaire Genre et Cultures

    Vendredi 18 décembre de 18h à 20H

    Salle de recherche (4ème étage) de ULIP (9 rue de  
Constantine, métro Invalides ou Assemblée Nationale)


    Delphine Robic-Diaz ( ENS LSH)
« Les filles d'Antinéa : les femmes dans le cinéma post-colonial français »

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    Antinéa, personnage principal du roman de Pierre Benoît, L'Atlantide, et de ses nombreuses adaptations filmiques, est l'allégorie d'une certaine colonie française, un espace envoûtant et mortifère au sein duquel les héros masculins français « s'abyment ».
 Or, ce personnage joue au fil des décennies la fonction symbolique d'une matrice prédéterminant les rôles féminins qui vont par la suite jalonner le cinéma colonial et post-colonial français. Parmi les caractéristiques séminales d'Antinéa, son côté dominateur, voire castrateur, est particulièrement remarquable et se retrouve notamment chez Eliane, la patronne d'Indochine (Régis Wargnier, 1992), chez la Mère dans les adaptations de Marguerite Duras (Barrage contre le Pacifique de René Clément en 1957 puis de Rithy Panh en 2009, L'Amant de Jean-Jacques Annaud en 1992), ou encore chez Aimée (Chocolat, Claire Denis, 1988) ou Malène (Outremer, Brigitte Roüan, 1990).

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    Corollaire de cette prise de pouvoir de la femme sur le territoire colonial, l'homme y étouffe et disparaît (cf. les « suicides » dans L'Atlantide, Mahlia la métisse et Indochine, les veuvages dans les adaptations de Duras, l'auto-mutilation de Protée dans Chocolat) et la terre finit par être perdue, arrachée à ces allégories de la Mère Patrie, expression qui fonctionne ici véritablement en tant qu'oxymore, absurdité, chimère au sens mythologique du terme associant les atours de la Mère avec les prérogatives du Père. Il est ainsi particulièrement intéressant de remarquer que très tôt dans l'histoire du cinéma, l'image du territoire exotique a été liée à celle d'un règne féminin. Or si cette répartition sexuée des rôles a pu correspondre initialement à une intention de viriliser la Métropole dans sa « conquête », la représentation de la colonie comme espace dominé par la femme est devenue, dans l'ère post-coloniale, la manifestation d'un défaut dans l'implantation française, d'une défaillance ne pouvant mener qu'à une inévitable décolonisation.
 Dans les films post-coloniaux français, la femme n'est pas autochtone, elle le devient, et ce faisant elle sape les velléités impérialistes de la France, elle aliène l'Empire. Le matriarcat colonial devient ainsi l'indice de la perte, de la perdition, de la décadence.



    Le programme intégral du séminaire est disponible ici.