Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ex-mari de kathryn bigelow

  • Avatar - Les raisons du succès/2 Etre Blanc dans un monde de brutes

    Finalement, un film assez banal en dehors de la performance technologique (en 2h46, on a failli s’ennuyer), alors pourquoi un tel succès ? On pourrait essayer d’avancer une raison inavouable par ces latitudes : et si le succès d’un film était dû avant tout à ce qu’il raconte (ou pas) ?

     

    Les conditions de la sortie du film (le contexte politique, économique, culturel,…), de même que l’ampleur des moyens déployés, les intérêts qui y sont associés, la réception publique et critique du film… Tout concourt en cette aube de deuxième décennie du 21è siècle (quand même) à confirmer l’intuition première qui nous étreint durant la projection. Avatar nous fournir de quoi nous rassurer en temps de crise. Les piques anti-militaristes voguent sur la vague de la popularité internationale d’Obama, Prix Nobel de la Paix. La conscience critique du capitalisme s’affirme ici à travers une sorte d’écologie New Age où la crise existentielle individuelle et le parcours initiatique (de même que des références mystiques à la conscience universelle) remplacent la lutte des classes et le thème de l’utopie sociale (obsolète dans ce récit postmoderne). Depuis Naissance d’une Nation de Griffith, au fond, on n’a pas beaucoup évolué : nous avons toujours affaire au grand récit (pour contredire Lyotard) de la construction de l’hégémonie blanche, qui enferme toute altérité dans une représentation ethnicisée et infériorisée, tout en travaillant à rendre « naturelle » et « déracialisée » sa position dominante.


    Ici ou on a parlé de Danse avec les loups, de Lawrence d’Arabie, du Dernier Samouraï,… bien entendu la liste est longue. Interminable. Puisqu’il est question avec Avatar d’un récit structurant (tout ce qui est humain mais pas blanc, hétérosexuel, masculin, et occidental), il existe des milliers de films qui reproduisent peu ou prou, avec des variations plus ou moins subtiles, ce même schéma que des dizaines d’années de luttes politiques ne parviennent pas à ébranler. Rien d’étonnant à cela puisque nous sommes dans une situation d’hégémonie culturelle politique et sociale qui construit l’ensemble du monde connu (et inconnu) à travers le prisme de l’identité blanche.


    Les Na’vis sont connotés Indiens et Noirs à la fois par leurs rites, leurs mimiques, leur parler, leur mode de vie (un coup d’œil après visionnement du film sur les vrais visages des acteurs et actrices incarnant les Na’vis nous permet de confirmer l’hypothèse). Ils sont plus proches de la Nature, plus animaux, que les humains (ils feulent quand ils sont en colère, leur gamme émotive est simpliste : agressivité, détresse, impulsivité d’une façon générale). Selon une perspective qui n’est pas sans évoquer le néo-bouddhisme de Matrix, ils sont « interconnectés » avec la planète, comme l’ensemble des êtres vivants – y compris les plantes -, formant une gigantesque base de données organique (un tournant cyberpunk des plus intéressants que le film aurait pu emprunter, mais qui n’est qu’esquissé. En effet, tous les éléments sont potentiellement présents, du confinement de l’action dans un espace géographique réduit à l’aspect édénique de la planète et jusqu’au matériau filmique lui-même, pour nous suggérer que Pandora n’existe pas vraiment, et n’est qu’une réalité virtuelle). Ils nous sont présentés comme une forme de civilisation certes équilibrée mais primitive, et ce n’est qu’aux trois-quarts du film que l’on découvre que sur Pandora il existe d’autres tribus Na’vis (d’ailleurs, les étrangers sont toujours organisés en tribus, répondant à la loi du plus fort et du plus sage). Ils sont d’autant plus rabaissés au rang d’une forme de vie primitive que leur mobilisation échoue à remporter la bataille face aux machines humaines : il faut attendre que la planète s’affirme comme un être « conscient » (il est clairement dit que d’habitude elle se contente de veiller à l’équilibre sans prendre parti ; or, si ici elle prend parti c’est qu’elle – la planète- dispose d’un libre arbitre et d’une conscience éthique, qui lui permettent de distinguer entre ce qui est « bien » et ce qui est « mal » et donc de faire un choix) et mobilise ses forces animales pour que les humains rendent les armes. Dans cette perspective, les Na’vis ne sont plus qu’une partie du grand tout : en quelque sorte, ils ne sont pas encore éveillés à la conscience, puisqu’ils ne transforment pas la nature ; ils y sont quintessentiellement liés, alors que le propre de l’humain est de pouvoir vivre hors de son élément naturel (argument anthropo-biologique qui fonde la politique d’expansion coloniale).


    Avatar nous raconte comment être Blanc aujourd’hui dans un monde de brutes. On l'aura compris, le vrai sujet d'Avatar est moins le récit d'un idéal de tolérance et d'ouverture culturelle que la mise en scène de l'affrontement entre le camp "Bush" et le camp "Obama", la fusion du marine Jake Sully dans le corps alien Na'vi étant un écho troublant à l'incarnation de l'Amérique blanche dans un président Noir (en réalité métis).

    (suite et fin demain).

  • Avatar - Les raisons du succès /1 Un nouvel âge du Cinéma?

    Pour ouvrir cette nouvelle année (qui est celle des 15 ans de Tausend Augen, soit dit en passant), le premier film dont nous parlons sur le blog de la rédaction est donc le nouvel opus de James Cameron, Avatar.

    L’ex-époux de Kathryn Bigelow a pour mérite d’avoir réalisé parmi les films hollywoodiens les plus passionnants et les plus rentables (Terminator 2, Aliens, Titanic), aussi l’attendions-nous au tournant après 14 ans de relatif silence, durant lesquels nous parvenaient de loin en loin des échos du colossal projet Avatar. Après le raz-de-marée mondial sans précédent représenté par Titanic, il ne pouvait choisir la voie du « grand auteur » aux petits films façons Coppola, ça n’a jamais été son truc. Non, la seule solution pour lui consistait à donner une nouvelle dimension à la démesure, chose faîte avec Avatar dont on n’évoquera pas ici le budget. La fréquentation en salles est pour l’instant à la hauteur des investissements consentis, et bien que l’on puisse douter de la tenue des entrées sur les mois à venir, il faut d’ores-et-déjà reconnaître que le démarrage est comparable à celui de Titanic.


    Pourquoi un tel succès ? L’attrait de la 3D ? Ou bien Avatar joue-t-il un rôle plus pernicieux dans l’économie de la « crise de l’occident » ?

     

    Quelques rapides réflexions en deux parties.

     

    Les raisons du succès / 1 : Un nouvel âge du cinéma ?

    Premier élément remarquable, la technologie 3D développée par James Cameron et son équipe avec le concours de Peter Jackson et de sa société de Wellington, Weta (responsable des effets spéciaux du Seigneur des Anneaux et de King Kong). Le succès d’Avatar repose en grande partie sur l’attrait pour un objet qui nous est présenté comme le premier film vraiment en 3D. Passons sur le désagrément que représentent des lunettes passablement lourdes, qui restreignent le champ de vision (surtout pour les gens qui portent déjà des lunettes en dessous). L’enjeu annoncé était celui d’une révolution comparable au passage du muet au parlant. Il est difficile de comparer le choc esthétique ressenti par les spectateurs du Chanteur de jazz qui entendirent pour la première fois une voix humaine « provenant » de l’écran, au doux plaisir des jeux de la 3D. Hormis quelques fulgurances qui nous donnent un début de sensation d’immersion, il faut bien admettre que ce n’est pas encore tout à fait au point. Ne pas être positionné au centre de l’écran procure déjà un certain désavantage. De plus, lors de certaines séquences qui jouent précisément sur l’effet de profondeur induit par un alignement de personnages aux premier, second, troisième plans, l’image sur les côtés apparaît quelque peu floue. Certaines séquences, visiblement conçues spécialement pour la 3D, déçoivent : ainsi des passages d’exploration de la jungle pandorienne, où le décor de plantes exotiques évoque insensiblement Perceval le Gallois d’Eric Rohmer. C’est-à-dire que l’on a l’impression d’un décor découpé dont on percevrait la profondeur (comme le remarquait un spectateur anonyme à la sortie, ce qui manque c’est l’épaisseur des plantes – a contrario, on perçoit relativement bien l’épaisseur des corps des acteurs et des actrices, ce qui ne manque pas de surprendre au début). L’intérêt principal de la 3D étant de nous procurer une sensation d’immersion, on ne peut qu’être déçu à ce titre. On n’en est probablement qu’aux balbutiements, mais les lunettes 3D ne sont pas encore convaincantes. Le choc esthétique est relatif, on est plus amusé qu’autre chose devant ces étranges « méduses » volantes qui viennent voleter sous notre nez : en effet, il n’y a que les méduses qui volettent devant notre nez, les trois quarts du décor et les personnages restent scotchés à l’écran… Mais ce qui impressionne surtout c’est le réalisme des corps et des décors (à l’exception des visages des Na’vis, trop figés). Sachant que tous les décors sont générés virtuellement, il faut reconnaître que l’effet obtenu est assez prodigieux. Désormais, plus aucun chef-d’œuvre de la fantasy ou de la science-fiction ne devrait pouvoir résister à une adaptation. L’impression de réel est très forte. Et le débat sur la perfection de l’image qui renverrait à son artificialité peut sembler oiseux, toute reproduction étant par définition artificielle. En revanche, le plus surprenant c’est sans doute cette multiplicité de plans impossibles à concevoir en décors réels (les séquences de vol sur les oiseaux-ptédoractyles géants par exemple) qui renvoient évidemment à des images vues jusqu’ici uniquement dans le cinéma d’animation (Miyazaki, bien sûr, pour les roches flottant dans le ciel). C’est encore imparfait (lorsque le petit groupe de scientifiques explorateurs qu’a intégré Jake Sully s’évade en courant dans les couloirs de la base militaire, Sigourney Weaver bouge son corps d’une façon irréaliste par rapport au mouvement réel de la course, et l’on comprend qu’on voit courir le personnage alors que l’actrice, elle, devait faire du sur-place sur un tapis-roulant…). C’est sans doute à ce niveau-là que réside le saut esthétique, plus aucun plan n’est impossible à réaliser en prises de vue « réelles » mais il faudra en voir d’autres pour juger.

    (suite demain).