Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jack sulyy

  • Avatar - Les raisons du succès /1 Un nouvel âge du Cinéma?

    Pour ouvrir cette nouvelle année (qui est celle des 15 ans de Tausend Augen, soit dit en passant), le premier film dont nous parlons sur le blog de la rédaction est donc le nouvel opus de James Cameron, Avatar.

    L’ex-époux de Kathryn Bigelow a pour mérite d’avoir réalisé parmi les films hollywoodiens les plus passionnants et les plus rentables (Terminator 2, Aliens, Titanic), aussi l’attendions-nous au tournant après 14 ans de relatif silence, durant lesquels nous parvenaient de loin en loin des échos du colossal projet Avatar. Après le raz-de-marée mondial sans précédent représenté par Titanic, il ne pouvait choisir la voie du « grand auteur » aux petits films façons Coppola, ça n’a jamais été son truc. Non, la seule solution pour lui consistait à donner une nouvelle dimension à la démesure, chose faîte avec Avatar dont on n’évoquera pas ici le budget. La fréquentation en salles est pour l’instant à la hauteur des investissements consentis, et bien que l’on puisse douter de la tenue des entrées sur les mois à venir, il faut d’ores-et-déjà reconnaître que le démarrage est comparable à celui de Titanic.


    Pourquoi un tel succès ? L’attrait de la 3D ? Ou bien Avatar joue-t-il un rôle plus pernicieux dans l’économie de la « crise de l’occident » ?

     

    Quelques rapides réflexions en deux parties.

     

    Les raisons du succès / 1 : Un nouvel âge du cinéma ?

    Premier élément remarquable, la technologie 3D développée par James Cameron et son équipe avec le concours de Peter Jackson et de sa société de Wellington, Weta (responsable des effets spéciaux du Seigneur des Anneaux et de King Kong). Le succès d’Avatar repose en grande partie sur l’attrait pour un objet qui nous est présenté comme le premier film vraiment en 3D. Passons sur le désagrément que représentent des lunettes passablement lourdes, qui restreignent le champ de vision (surtout pour les gens qui portent déjà des lunettes en dessous). L’enjeu annoncé était celui d’une révolution comparable au passage du muet au parlant. Il est difficile de comparer le choc esthétique ressenti par les spectateurs du Chanteur de jazz qui entendirent pour la première fois une voix humaine « provenant » de l’écran, au doux plaisir des jeux de la 3D. Hormis quelques fulgurances qui nous donnent un début de sensation d’immersion, il faut bien admettre que ce n’est pas encore tout à fait au point. Ne pas être positionné au centre de l’écran procure déjà un certain désavantage. De plus, lors de certaines séquences qui jouent précisément sur l’effet de profondeur induit par un alignement de personnages aux premier, second, troisième plans, l’image sur les côtés apparaît quelque peu floue. Certaines séquences, visiblement conçues spécialement pour la 3D, déçoivent : ainsi des passages d’exploration de la jungle pandorienne, où le décor de plantes exotiques évoque insensiblement Perceval le Gallois d’Eric Rohmer. C’est-à-dire que l’on a l’impression d’un décor découpé dont on percevrait la profondeur (comme le remarquait un spectateur anonyme à la sortie, ce qui manque c’est l’épaisseur des plantes – a contrario, on perçoit relativement bien l’épaisseur des corps des acteurs et des actrices, ce qui ne manque pas de surprendre au début). L’intérêt principal de la 3D étant de nous procurer une sensation d’immersion, on ne peut qu’être déçu à ce titre. On n’en est probablement qu’aux balbutiements, mais les lunettes 3D ne sont pas encore convaincantes. Le choc esthétique est relatif, on est plus amusé qu’autre chose devant ces étranges « méduses » volantes qui viennent voleter sous notre nez : en effet, il n’y a que les méduses qui volettent devant notre nez, les trois quarts du décor et les personnages restent scotchés à l’écran… Mais ce qui impressionne surtout c’est le réalisme des corps et des décors (à l’exception des visages des Na’vis, trop figés). Sachant que tous les décors sont générés virtuellement, il faut reconnaître que l’effet obtenu est assez prodigieux. Désormais, plus aucun chef-d’œuvre de la fantasy ou de la science-fiction ne devrait pouvoir résister à une adaptation. L’impression de réel est très forte. Et le débat sur la perfection de l’image qui renverrait à son artificialité peut sembler oiseux, toute reproduction étant par définition artificielle. En revanche, le plus surprenant c’est sans doute cette multiplicité de plans impossibles à concevoir en décors réels (les séquences de vol sur les oiseaux-ptédoractyles géants par exemple) qui renvoient évidemment à des images vues jusqu’ici uniquement dans le cinéma d’animation (Miyazaki, bien sûr, pour les roches flottant dans le ciel). C’est encore imparfait (lorsque le petit groupe de scientifiques explorateurs qu’a intégré Jake Sully s’évade en courant dans les couloirs de la base militaire, Sigourney Weaver bouge son corps d’une façon irréaliste par rapport au mouvement réel de la course, et l’on comprend qu’on voit courir le personnage alors que l’actrice, elle, devait faire du sur-place sur un tapis-roulant…). C’est sans doute à ce niveau-là que réside le saut esthétique, plus aucun plan n’est impossible à réaliser en prises de vue « réelles » mais il faudra en voir d’autres pour juger.

    (suite demain).