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mai 68

  • A la recherche du Point G

    Nous publions ci-dessous le début du texte d'introduction au dossier du n°32 de Tausend Augen.

     

    « Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles, car elles sont dans le désert, où il faut aller les chercher »

     

    Depuis le début de l’année 2008, la France commémore le quarantième anniversaire de Mai 1968 à grand renfort de publications, de colloques universitaires et autres diffusions télévisuelles. Malgré les sempiternelles diatribes médiatiques proférées par la communauté des « repentis » qui depuis trois décennies ne cessent de faire de « la pensée 68 » le terreau d’une corruption de la société française, le mois de mai continue à bénéficier d’une grande popularité auprès des Français et les « années 68 » d’être perçues comme autant d’expressions d’une « révolution culturelle » en marche.

    Commentant les « événements » peu de temps après leur déroulement, Michel de Certeau avait déjà mis en évidence leur nature profondément novatrice au sein de la société française d’après-guerre. Selon lui, « il s’est produit ceci d’inouï : nous nous sommes mis à parler. Il semblait que c’était la première fois. De partout, sortaient les trésors, endormis ou tacites, d’expériences jamais dites ». Cette scène de la révolte où se sont rencontrés divers acteurs de la contestation sociale a ainsi donné lieu à un large mouvement d’ « insurrection des savoirs assujettis » dont on ne peut guère nier les résonances historiques et culturelles au sein de l’hexagone.

    La dynamique utopique qui présidait aux soulèvements de Mai contraste avec l’absence de perspectives sociales d’une gauche française contemporaine en mal d’identité. Perdue dans les méandres d’une crise de légitimité sans précédent, cette gauche parlementaire (du PS aux divers partis d’extrême gauche) reste enserrée dans l’orbe défini par le mouvement de l’hégémonie capitaliste. Face à l’unique « grand récit » de la postmodernité qui prophétise un avenir mondial consubstantiel aux formes et figures imposées par le libéralisme et où se trame entre les fils de « la guerre de tous contre tous » (Hobbes) la mise en concurrence des peuples sur le marché globalisé, la gauche apparaît d’autant plus impuissante qu’elle semble piégée dans les impasses de son propre « musée imaginaire ». Privée de véritables projets, la gauche française demeure essentiellement tournée vers la contemplation de sa propre mémoire et de ses propres fictions identitaires