Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

nelly quemener

  • Djamel Comedy Club

    Nous publions une note de Nelly Quemener sur le Jamel Comedy Club, quelques pistes de réflexion passionnantes pour un article en devenir...


    « Ma mère est black, mon père est noir, et je suis un homme de couleur »

    Performances individuelles, performances collectives de la race et du genre dans le Jamel Comedy Club
    Par Nelly Quemener

    Diffusée sur Canal + pendant les mois de juillet et août 2006 et 2007, produite par Kader Aoun et Jamel Debbouze, l’émission le Jamel Comedy Club propose un espace de performances humoristiques à des comédiens hommes et femmes, non- blancs et blancs. Par sa singularité thématique (les catégories raciales à travers des récits de vie urbaine ou suburbaine), sa singularité télévisuelle (la première émission de stand up, filmée public in situ), et le panel d’humoristes mis en scène, elle crée un espace d’empowerment pour les membres des groupes non-blancs en situation de domination, déplaçant les cadres de définition de la francité.

    JCC.jpg


    On peut distinguer trois niveaux d’analyse :

    1) Le niveau des dispositifs télévisuels et scéniques, qui, en intégrant et montrant la participation active des publics aux appartenances variées (apparence vestimentaire, âge, origines géographiques et / ou ethniques), créent les conditions à l’évocation des rapports de race / classe / genre ;

    2) L’échelle des différents sketchs, lieu de mises en scène d’identités hybrides et de déconstruction / resignification temporaires des catégories et des stéréotypes raciaux et de genre ;

    3) L’échelle collective de l’émission, qui construit, par des mécanismes réflexifs et la médiation de Jamel Debbouze une diversité non seulement ethnique, mais aussi culturelle et sociale, atténuant et cadrant l’exacerbation des différences raciales et de genre présente dans les différents sketchs.

    Les rires des publics rendus audibles et visibles à l’écran désignent les dissonances entre corporalité, discours et langage, et mettent à jour l’artificialité des catégories de race et de genre. Ces interactions orchestrées entre publics et humoristes jouent aussi tels des indices de validation ou d’invalidation des constructions identitaires proposés sur scène. Elles construisent un espace participatif non hiérarchisé, constitué des publics et des humoristes, où les singularités de chacun des participants s’agencent et créent un univers idéalisé où le renversement permanent des déséquilibres de pouvoir est assuré par un contrat implicite : celui de savoir rire des autres et de soi-même.