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no country for old men

  • Esthétisation de la violence

    Il est certains moments de cinéma qui confinent à l'insupportable tout en mêlant une jouissance esthétique.

     

    Ainsi, dans American History X, toute une séquence fait habilement monter la tension jusqu'à son dénouement exutoire et jouissif. Le skinhead néo-nazi Derek (Edward Norton) est alerté par son petit frère que des noirs sont en train de lui voler sa voiture. Ni une ni deux, le voilà dévalant les escaliers en caleçon avec une arme à la main et non content d'abattre un premier voleur, Derek blesse le second et lui fait littéralement mordre le trottoir avant de lui asséner le coup fatal en lui brisant la mâchoire et la nuque au moyen un coup de pied. Le montage participe à la montée d'adrénaline du spectateur et l'acmé de ce déchainement de violence vient avec le bruit - en dolby stéréo si vous êtes au cinéma ou en 5.1 si c'est à la maison - du craquement de la mâchoire et de la nuque.

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      On retrouve cette scène dans la piéce de théâtre (puis le film) d'Andreas Veiel Der Kick (2006), tirée d'une histoire vraie où un jeune allemand du Brandebourg Marinus Schöberl (16 ans) se fait torturer pendant des heures puis assassiner dans une porcherie par ses amis skinhead (qui décrétèrent que ses cheveux teints en blond, ses pantalons hip-hop faisaient de lui un sous-homme) après avoir vainement essayé de le tuer en réitérant le geste fatal d'American History X. (autres infos sur le film en français Ici et Ici).

    Ce ne fut pas là le seul écho de cet acte puisque deux autres films allemands sur le milieu neo-nazi le reprennent également (Oi!Warning en 1999 et Kombat 16 en 2005).
     
     

     Récemment, ce sont les frères Coen avec No Country for Old Men qui nous ont offert une scène de jouissance esthétique de la violence. Au début du film, Anton Chigurh (Javier Bardem) étrangle le policier qui vient de l'arrêter grâce à ses menottes. La caméra fixe son regard froid et clinique (son patronyme est un anagramme des plus lisibles de chirurgien) tandis que sa victime se débat, plaquée sur son ventre, en essayant de redresser la situation. Une fois le policier mort, Chigurh se relève et la caméra, plutôt que de l'accompagner au lavabo se nettoyer les mains ensanglanté, panote vers le sol noirci par les traces de bottes du policier indiquant combien il a du se débattre lors de son agonie. Ce plan purement gratuit de quelques secondes revient en quelques sortes nous inviter à savourer l'efficace de la cruauté.

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    Le problème n'étant pas la violence à l'écran, mais la manière dont la violence est représentée, l'économie dans laquelle elle s'inscrit.
  • No country for old men

    Une fois que l'on s'est extasié devant le talent indéniable des Frères Coen, dont les films, inégaux, sortent avec régularité sur nos écrans depuis la Palme d'Or Barton Fink, reste à s'étonner de ne jamais vraiment lire en France d'analyse de ce que racontent leurs films. Et pourtant, on leur reconnaîtra aussi un talent de scénaristes! No country for old men est un beau film, à l'écriture soigné, qui s'ouvre sur une superbe succession de plans montrant un lever de soleil sur le désert dans le Nouveau-Mexique.

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    On y trouve des acteurs excellents, on revoir avec plaisir Woody Harelsonn et un toujours réjouissant Tommy Lee Jones et un Javier Bardem dont on ne se lasse pas de répéter qu'il est un des meilleurs comédiens actuels depuis son grand rôle dans Avant la nuit de Julian Schnabel (dans lequel il incarne l'écrivain cubain Reinaldo Arenas).

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    Mais il reste un gros problème. Il faut le dire et l'admettre, les Frères Coen sont réactionnaires, misogynes, et racistes. Et ça ne s'arrange pas. Le personnage féminin du film joué par Kelly MacDonald, est une gamine que son mari traite comme telle, qui geint plus qu'elle ne parle. Rigoureusement aucun film des Frères Coen ne possède de personnage féminin positif (au contraire des hommes...). Les Mexicains sont fourbes comme il se doit (ou bien musiciens pour l'argent). Et la morale du film, une sorte de parabole sur le déclin du mythe américain et la fin du cow-boy / de l'homme blanc dans ce monde en perdition où les vraies valeurs se perdent, est franchement réactionnaire.
    Personne ne le dit? Révélateur du glissement droitier des intellectuels dits de gauche qui comme le disait autrefois à propos du néo-polar français José Bénazéraf dans un entretien donné à Tausend Augen (n°10) : "ces gens-là rêvent d'écraser une manifestation d'ouvriers avec une mercédès."
    Il ne faut dès lors plus s'étonner de la disparition de la gauche du champ politique dans un pays où le Président travaille à la mettre face à ses contradictions. Enfin! Il faudrait peut-être en profiter pour entamer une refondation idéologique, en sortant des cadres théoriques hérités du XIXème siècle?

    No country for anyone.