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révolution numérique

  • Quelle écriture pour l'Histoire du Cinéma? /2

    1-Evolution du statut de l’historien de cinéma : de l’universel au particulier

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    Le statut de l’historien de cinéma a évolué. Il est impossible désormais de prétendre à une histoire mondiale du cinéma, sur le mode de celle de Sadoul (1). Le projet sous-jacent à ce type d’historiographie ressortissait notamment à la volonté de valider un certain nombre d’auteurs considérés comme artistiquement ou culturellement importants. Mettre en perspective des œuvres disparates d’un même réalisateur, les inscrire dans une chronologie de films réunis par le critère national (« cinéma soviétique d’avant-garde», « film noir hollywoodien », « réalisme poétique à la française », « néoréalisme italien », « cinéma futuriste italien »), permettait de donner à un mode d’expression artistique décrié pour son « impureté » le caractère d’Art –et donc de légitimer par retour l’ensemble de l’exégèse qui lui était consacré. C’était alors doublement important : pour « sortir » le cinéma de l’ornière du pur divertissement populaire et l’aider à rejoindre le champ de la culture savante ; et pour permettre l’émergence d’exégètes et de publics « informés », « éclairés » (les critiques, les cinéphiles).
    Au sortir de la lecture de ces « histoires », on sortait avec l’idée d’un bréviaire répertoriant le savoir essentiel sur le cinéma. Le lecteur cinéphile y gagnait un certain nombre de repères quant au choix des films à voir absolument. Le monde du cinéma se répartissait en productions nationales clairement inscrites dans des courants, et représentées par une poignée de cinéastes. Ces « histoires » assumaient sans complexe la subjectivité de leur auteur, y compris politique, et ne s’embarrassaient pas d’exigences méthodologiques trop contraignantes. En l’absence de technique domestique d’enregistrement du film, la mémoire de l’historien jouait un grand rôle. Enfin, faute d’accès aux sources, de larges pans de la production cinématographique demeuraient occultés. On mesure d’autant plus aujourd’hui la difficulté de parvenir à reproduire ce type de projet de façon convaincante que la production d’objets filmiques est exponentielle, qu’elle ne concerne plus seulement le support argentique, et que l’amélioration de leur diffusion à travers divers canaux (télévision, DVD, Internet) excède largement les capacités d’absorption humaine d’un ou même plusieurs individus. 3ae9db74981367e17a7006ea76a2d0d0.jpga032cb3f9cfb02b34e580e88483c100b.jpg

    Les ouvrages sur les dimensions techniques (le son, la couleur, le décor,…), et économiques du cinéma se multiplient, intégrant le caractère « non permanent » des conclusions proposées. En même temps qu’étaient mis en cause, à partir de la fin des années 60, les systèmes idéologiques totalisants et les représentations du monde qui en découlent (c’est la fin des méta-récits théorisée par Lyotard et les tenants du Postmodernisme), le projet d’Histoire du cinéma « mondial » perdait définitivement toute once de pertinence. Cette historiographie avait joué son rôle structurant, et permis le défrichage d’un terrain inexploré, tout en donnant de premiers indices méthodologiques quant au repérage, à la classification des films et des sources : toutefois, il faut noter que ces histoires portaient quasi-exclusivement sur l’objet film, et ne prenaient que très peu en compte les autres catégories de sources.