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redacted

  • We're Afraid of Americans (Redacted)

    Redacted, le nouveau film de Brian de Palma est sorti, et la campagne médiatique autour de ce film bat son plein. De Télématin (sur France 2) aux Cahiers du Cinéma, le réalisateur d'Outrages (dont l'argument est similaire, dans le contexte de la guerre du Vietnam) bénéficie d'une jolie couverture.

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    Une bonne part des commentaires consiste à souligner le caractère critique du film et son "anti-américanisme", en rappelant que c'est ce qui est reproché au film aux USA. Les journalistes ne manquent pas de rappeler (innocemment) que De Palma vit en France, et qu'il a souhaité montrer dans Redacted des images qui ne sont pas vues aux USA, au contraire de l'Europe (qui comme chacun sait est un modèle de démocratie et de liberté d'expression comme vient encore de le prouver le processus de ratification du "traité simplifié"). En l'occurrence, il s'agit de mettre en scène l'envers du décor médiatique de l'invasion occidentale en Irak, et de montrer en particulier les exactions commises par les GI's à l'encontre des civils irakiens (dont le viol et le massacre d'une jeune fille de 14 ans). Etrange : il ne semble pas que ce fait "réel" ait fait l'objet d'une couverture importante en Europe, en France pas plus qu'ailleurs. Pourtant, les journalistes s'empressent d'en ajouter une couche : aux USA, Redacted ne marche pas, et a été "distribué dans seulement 15 salles" (sous-entendu : la sortie en a été sabotée, mais nous en France nous n'avons pas peur de regarder ma vérité en face car nous sommes la patrie des droits de l'homme et de la liberté d'expression).
    Au fond, ce qui importe le plus ce n'est pas tellement que ce que dise Brian de Palma dans Redacted soit vrai ou pas, que son film soit critique ou pas, ni que ce soit plus critique ou pas qu'autre chose; ce qui importe, c'est que l'on puisse distinguer Brian de Palma. Il n'est pas vraiment américain, puisqu'il vit en France, qu'il dit des choses que les vrais Américains ne veulent pas entendre, que son film ne marche pas dans son propre pays alors qu'ici nous l'accueillons à bras ouverts, etc.
    La loi de l'anti-américanisme français est la suivante : les Américains "critiques" ne sont pas vraiment des Américains. En plus, au lieu d'être des péquenots (comme George Bush ou Ben Stiller) ce sont d'authentiques artistes!

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    Dit autrement encore, n'est vraiment Américain que celui ou celle qui correspond au stéréotype du cow-boy. Les autres Américains (ultra-minoritaires) rêvent sans le savoir d'être des européens comme nous. Car ici, tout est formidable, et cela fait belle lurette que nous avons montré les exactions de nos soldats en Afrique noire, et tourné une pléiade de films sur nos responsabilités au Rwanda. Sans parler de tous ces thrillers dont nous abreuve le cinéma français sur la corruption des élites!