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simulacres

  • Quelle écriture pour l'Histoire du Cinéma? /4

     

    L'historien de cinéma d'aujourd'hui est confronté à l'évolution de son statut. Il s'agit le plus souvent d'un universitaire, qui s'inscrit donc dans une logique disciplinaire peu encline à admettre les approximations, le raisonnement intuitif, ou analogique (qui prévaut encore chez les critiques). A partir des années 60, le cinéma devient un objet d'étude primordial en même temps que légitime pour les plus grands intellectuels (Foucault, Barthes, Morin, Deleuze, ...). Le développement d'institutions publiques insistant sur la dimension patrimoniale du cinéma à travers des politiques conjointes de conservation et de diffusion du film (cinémathèque, ciné-clubs, festivals) légitime définitivement le cinéma comme « art » et comme « pratique culturelle » majeure. L'accès au film s'améliore, en même temps que la production augmente. La circulation internationale des films grandit, de nouvelles aires géographiques sont « découvertes » en occident, grâce au travail des revues, des festivals, et des cinémathèques. C'est aussi à partir des années 60 que des disciplines se développent à l'Université : sociologie, anthropologie, économie sociale et politique, ... La sémiotique, la psychanalyse, ... deviennent des outils d'analyse du film.

     

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    Imaginons une posture idéale de l''Historien du cinéma... Aujourd'hui celui-ci ne peut s'affranchir de cet héritage conceptuel et méthodologique. Le premier changement majeur par rapport aux historiens d'avant la rupture épistémologique que constitue le Postmodernisme (on questionnera plus loin la portée réelle de ce courant philosophique) intervient quant au statut de l'écrivant. Brunetta le souligne bien : « Le chercheur est aujourd'hui conscient de la précarité et de la modification permanente des jugements ». Dès lors, l'instabilité du jugement peut conduire à trop vouloir enserrer celui-ci dans un faisceau de validations scolastiques. C'est un piège qui guette l'historien : assumer une part de subjectivité dans son rapport à l'écriture est essentiel. C'est bien sûr une marque de confiance à l'égard du lecteur (et tant pis pour la scientificité) mais c'est surtout une manière d'insister sur le caractère fondamental de l'Historiographie comme art de la transmission. L'historiographe est celui qui écrit « l'histoire de son temps », l'historien est l'auteur de travaux historiques... Si caractère d'impermanence de ce travail il y a, il doit donc permettre l'intégration, dans le mouvement même de l'écriture, d'une part de subjectivité, et de personnalisation. L'expérience esthétique est indissociable de l'analyse de l'œuvre. Dialectiser l'une et l'autre permet de toucher à l'exigence de complexité propre au monde actuel. Faire œuvre d'historien implique un travail de choix et de hiérarchisation ; les mises en perspective, les problématiques soulevées, les conclusions amenées, s'inscrivent ainsi dans le cadre d'une expérience humaine énoncée et circonscrite. D'une certaine manière, c'est là dérive postmoderne, qui tutoie le champ du relativisme en remettant au cœur du processus de l'écriture l'individu écrivant -tout en prétendant le contraire : l'individu se dissimule tout simplement derrière le jeu des simulacres et des reflets.