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toubiana

  • Mai 68 et le Cinéma à la Cinémathèque française

    Nous publions ce propos de Jean-Pierre Thorn, cinéaste, à propos de l'événement organisé à la Cinémathèque française (Paris) autour de Mai 68 et le cinéma



    Chers ami(e)s,

    

Je vous rappelle que samedi 14 juin à 15h (après la projection du film
d'Alain Tanner Le pouvoir dans la rue réalisé en MAi 68) aura lieu une 
table-ronde intitulée par la CINEMATHEQUE FRANCAISE de façon assez 
surréaliste : "MAI 68 A-T-IL ETE FILMÉ?".

 J'ai été invité à intervenir dans ce débat aux côtés de Bruno MUEL, Alain
TANNER, Andre S.LABARTHE & Marcel OPHULS (table-ronde animée par
 Jean-François RAUGER et Serge TOUBIANA).

    


J'avoue avoir été quelque peu sidéré par cette programmation de la
 Cinémathèque qui occulte la grande majorité des films réalisés au coeur de
 68 aux côtés des étudiants, ouvriers et paysans notamment par ARC (Ateliers
 de Recherches Cinématographiques) & la "commission production" des ETATS
 GENERAUX DU CINEMA (qui rassembla alors - faut-il le rappeler - l'ensemble
 de la profession en "grève active" qui mit en commun caméras, pellicules,
labos et savoir-faire pour réaliser une vingtaine de films documentaires
 passionnants). 

On peut même lire dans le programme des contre-vérités assez troublantes :
"Mai 68 a-t-il fait l'objet d'un traitement cinématographique digne de ce 
nom ?!!!" 

Et la table-ronde du 14 juin s'intitule: "MAI 68 A-T-IL ETE FILMÉ ?
 Question lancinante à laquelle on a souvent répondu par la négative, les
 cinéastes en premier lieu ?!! En 68 de toutes façon, on aurait davantage 
débattu que tourné au nom des priorités et des urgences ?!!!! (...) et plus
 loin "le film tourné-perdu de Philippe Garrel (...) symptome même d'un 
rendez-vous raté !!!"

etc... etc...

Les films réalisés en 68 par les ETATS GENERAUX DU CINEMA et par ARC, tels
 Berlin 68, Sigrid, Joli mois de Mai, Nantes Sud Aviation, Le Droit
 à la Parole, Le Cheminot, Citroën Nanterre, Comité d'Action 13°,
 Ecoute Joseph nous sommes tous solidaires, L'ordre règne à Simcaville,
les CINE-TRACTS, etc..etc...) sont aujourd'hui "oubliés" dans la plupart des
 commémorations médiatiques alors qu'ils constituent une page importante de 
l'engagement des cinéastes dans un mouvement social contre les régles
 dominantes de l'industrie et pour inventer d'autres écritures, d'autres
 relations plus égalitaires avec leurs publics.

Cette vingtaine des documentaire réalisés en 68, regroupés avec ceux 
réalisés dans la décennie suivante sous l'onde de choc de 68, donneront lieu
 à une réédition de plusieurs coffrets DVD à partir de Septembre 2008 par les 
Editions MONTPARNASSE (directeur de collection Patrick LEBOUTTE).



    Je rappelle que, si des films sur Mai 68 (de fiction ou de montages) 
remarquables ont été réalisés après-coup et jusqu'à nos jours, le geste 
cinématographique originel d'une profession (près d'une centaine de jeunes
 cinéastes & techniciens engagés dans ces films) constitue une page 
importante de l'histoire du cinéma français et marque les débuts d'une 
pratique de la création documentaire, particulièrement riche dans les années 
qui suivirent jusqu'à aujourd'hui.

 Quand on revoit ces films, avec du recul, on se rend compte qu'ils sont bien
 plus passionnants, ouverts, chaleureux, drôles, poignants, tendres... que 
l'image caricaturale qu'on voudrait leur donner à priori et qu'ils sont à 
l'origine d'une école du documentaire de création, particulièrement riche,
 dans le cinéma français (& aujourd'hui menacée par les télévisions).

 Que l'on aime ou pas ces films, ils existent et demandent à être réévalués
 avec la distance critique nécessaire; Et surtout que ne soit pas rompu leur
 transmission auprès d'un jeune public avide de revisiter cette histoire.

 Je vous convie donc à venir le 14 Juin, si vous le pouvez, pour faire 
entendre vos voix (si c'est possible ?) et rétablir les faits.



     

    "Pour liquider les peuples, on commence toujours par leur enlever la
mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu'un 
d'autre leur écrit d'autres livres, leur donne une autre culture et leur
 invente une autre histoire. Ensuite le peuple recommence lentement à oublier
 ce qu'il est et ce qu'il était. Le monde autour de lui l'oublie encore plus
 vite" 
(Milan Kundera: Le livre du rire et de l'oubli")