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virilisme

  • "300", the number of Revenge

    Le film 300 ne s’embarrasse guère de nuances quant à la représentation de la bataille des Thermopyles, devenue l’épopée virile d’une poignée de citoyens-soldats spartes dont l’héroïque sacrifice face à une gigantesque armée perse permettra de préserver la liberté de leur patrie. Cette adaptation cinématographique transforme la bande dessinée du même nom de Frank Miller (1998) en allégorie à peine voilée de l’intervention militaire américaine au Moyen-Orient (1), représentation littérale du discours sur le « choc des civilisations » reformulé au lendemain du 11-Septembre. La surdose de testostérone, le militarisme inconditionnel et la vision grotesque de l’Autre qui caractérisent 300 en font un véritable film-manifeste pour le pouvoir américain actuel, avec notamment un mépris royal vis-à-vis de la diplomatie et des institutions démocratiques (les sages et parlementaires de Sparte préconisant le dialogue sont des traîtres corrompus par l’ennemi) et une célébration de la confiscation du pouvoir par une élite politico-militaire blanche – ce que justifie pleinement la gravité de la menace qui pèse sur la patrie ; mais aussi une représentation nourrie tout à la fois de xénophobie, de négrophobie et d’homophobie : l’empereur perse Xerxes est dépeint comme une drag-queen noire à la tête d’une cour qui évoque quelque gay pride démoniaque, tandis que la garde prétorienne composée de zombis enturbannés qu’il envoie combattre les Spartiates est une vision cauchemardesque de combattants islamistes.
    Le traitement excessif et ultra-manichéen de sa thématique guerrière fait que 300 ne peut guère être considéré que comme la manifestation d’une surcompensation hystérique face à l’enlisement de l’armée américaine en Irak. Le film de Zack Snyder est travaillé par un « syndrome d’Alamo » en accord avec l’image actuelle qu’a l’Amérique d’elle-même en forteresse assiégée (2), avec, encore une fois, ce que cela suppose de glorification de suicide collectif virile, tout en transformant métaphoriquement les assaillants en victimes. Le fantasme de « colonisation à l’envers » qui sous-tend le scénario étant ainsi symptomatique de doutes profonds quant à la pérennité d’un pouvoir impérial, perceptible par exemple dans un roman comme Dracula (Bram Stoker, 1897) pour ce qui est de l’empire britannique et, plus près de l’objet de ce texte, un film comme Independence day (R. Emmerich, 1998) pour ce qui est de l’empire américain.

    NOTES
    1.Le film entre d’autant plus en résonance avec l’actualité que la prochaine cible de la doctrine bushienne de « l’axe du mal », n’est autre que l’Iran.
    2.Vision qui s’était déjà manifestée avec force dans Le seigneur des anneaux.