Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

volker pantenburg

  • Réponse à la traduction d'un billet de Volker Pantenburg

    L'Allemagne, non seulement douche notre plaisir en se retrouvant en finale après avoir pratiqué un football médiocre face à une équipe turque joueuse et brillante (qui plus est privée de 9 de ses joueurs titulaires!), mais en plus elle nous gratifie en la personne de Volker Pantenburg de considérations sur le chauvinisme un peu étranges. Il est vrai que je n'ai pas compris la fin du texte de Volker Pantenburg. En fait, il le dit lui-même, il n'est pas un spectateur très expérimenté ni très concentré. Cela explique peut-être qu'il cède facilement, comme de nombreux intellectuels, à la simplification qui consiste à mettre en perspective le comportement d'un supporter de foot avec l'expression d'un nationalisme qui serait condamnable. A cet égard, une analyse qui postulerait qu'il y a là peut-être plus de choses qui ont à voir avec le jeu du travestissement, du rôle que l'on investit, de l'élaboration identitaire collective dans le bon sens du terme, choses que les médias modernes ont parfaitement comprises, serait bien plus intéressante. Oui, sans complexe, on joue avec les stéréotypes pour dire que les Allemands "à leur habitude" jouent un football froidement efficace et chiant, tuant tout plaisir. Cela colle bien à l'image qu'on en a dans l'imaginaire collectif : froids, efficaces, presque inhumains, nazis, autrement dit. Et c'est très bien! on s'en amuse, on en rit, et à la fin Turcs et Allemands boivent ensemble des bières, car au fond pour 90% des spectateurs et supporters de football, investir ces stéréotypes ne dure sérieusement que le temps du match. D'ailleurs, c'est Gernot Rohr qui le dit lui-même (dans 100% euro sur M6 mercredi 25 juin) : "l'essentiel on est en finale, peu importe la manière, on n'est pas là pour bien jouer au football mais pour gagner." Volker Pantenburg s'étonne du filmage opposant supporters russes débraillés, et supportrices hollandaises affriolantes (Je suis personnellement sexuellement plus excité par les supporters russes, qui n'ont pas hésité à se mettre torses nus). Mais il aurait dû se concentrer un peu plus; il aurait alors pu constater que son analyse ne tenait pas (on a aussi vu des supportrices russes joliment maquillées). Quant aux drapeaux, Volker Pantenburg semble leur accorder une signification inscrite dans une vision archaïque des modalités de l'expression nationale (culturelle, identitaire, etc.) Il semble penser qu'arborer un drapeau ou des couleurs nationales est investi du même sens qu'en 1920-1940. Bref, à un moment donné, on aimerait bien que certains intellos cessent d'essayer d'appliquer au football (et les autres sports d'ailleurs?) des techniques d'analyse peu opérantes. Qu'ils fassent l'effort plutôt d'analyser les matches sur le fond, et sur leur esthétique, c'est plus difficile (il faut se concentrer un peu plus), mais c'est plus méritoire.

  • Euro 2008 : le global n'est ni le dépassement ni le démantèlement du principe national, tout juste sa modification

    Je traduis ici rapidement le billet de  Volker Pantenburg (l'un des critiques cinéma allemand les plus intéressant) à propos des retransmissions de match de l'Euro 2008, publié sur le site Neue Filmkritik, qui se propose de reprendre sur le net le projet de la formidable revue  Filmkritik (dont Harun Farocki fut rédac-chef de 1974 à 1984) et dont nous vous parlions dans le HS#2 de tausend augen.


    Euro 2008

    Je ne suis ni un spectateur de football très expérimenté ni spécialement concentré, mais il était impossible de ne pas voir le chauvinisme de la réalisation image lors de la retransmission du match Pays-Bas/Russie [sur la seconde chaine allemande ZDF, ndt].

    Dès que le camp des supporteurs pro-russes étaient donnés à voir, les images donnaient dans l'iconographie de la horde : ventres à l'air, braillards pas particulièrement beaux à regarder, se remuant au son de leurs tambours. Pour "la Hollande", à contrario, la monnaie d'échange fut de gros plans sur des blondes au regard triste et éthéré (les hollandais étaient menés à ce moment là) et de jolis drapeaux sur leurs joues. Cette forme douteuse jouant sur l'émotion de la retransmission me semble bien plus poussée qu'il y a deux ans encore [pendant le Mondial 2006, ndt]. Il me semble aussi que les grands médias apparurent trop surpris par la vague de retour du sentiment national de 2006 (quand bien même ils y auraient eu une part active) pour avoir pu s'entendre sur l'élaboration au préalable d'une stratégie footballistique collatérale. Aujourd'hui pourtant, chaque fabriquant de bière, de voiture ou de jenesaisquoi, tout comme les nouvelles que nous servent les journaux, mettent la main à la pâte avec leurs petits drapeaux. Que l'"Europe" n'allait pas être dans ce contexte un correctif, mais juste un semblant de signifié métanational – la somme, pas le contraire des drapeaux –, était prévisible. Cela fonctionne vraisemblablement tel que le décrit  Saskia Sassen dans son livre sur la globalisation* : le global ne doit pas se comprendre comme dépassement ou démantèlement du principe national, mais comme sa modification. Dans la SZ [quotidien national de centre gauche, ndt] d'aujourd'hui, on peut lire une discussion sur son livre. Mais dans cette même édition, on n'a pas honte, page 2, d'utiliser la formule "le bateau est plein" [en français : "la barque/la coupe est pleine", ndt] et non pas juste l'utiliser, mais même, bien européen, de la mettre au pluriel. Bien sûr, il s'agissait ici littéralement des bateaux de réfugiés, mais avec cette formulation, on invoque la métaphore et avec la métaphore, le ressentiment.


    posted by Volker Pantenburg



    * - édition originale de son livre (en anglais) Territory, Authority, Rights: From Medieval to Global Assemblages
       - l'édition allemande dont parle Volker Pantenburg : Das Paradox des Nationalen
       - en français, sur le même thème : "Mais pourquoi émigrent-ils ?", Saskia Sassen, Le Monde Diplomatique, novembre 2000