09.02.2012
Le Havre de Kaurismäki : Amélie Poulain façon Front Populaire
Aki Kaurismäki, cinéaste finlandais à l'audience modeste confinée au public des salles d'Art et d'Essai et des festivals "de qualité", occupe une place à part. Loin de la misanthropie d'un Lars Von Trier ou des pénibles séances d'auto-analyse d'un Woody Allen misogyne, Kaurismäki - et son regard désabusé mais subtilement drôle sur un monde qui n'en finit plus de finir - est éminemment sympathique. Bon vivant et proche des personnages qu'il dépeint dans ses films, il représente une façon de faire des films que les défenseurs de la Culture présentent volontiers comme de moins en moins possible (les gentils auteurs menacés contre la méchante industrie). Kaurismäki n'échappe pourtant pas, pas plus que quiconque, à la logique commerciale qui veut que l'on élabore un film aussi pour son marché-cible, et pas seulement pour se faire plaisir. Un film ça coûte cher, et l'objectif est - au moins - de ne pas perdre d'argent. Car, après tout, le cinéaste fait cela aussi pour gagner sa vie. Le Havre s'inscrit ainsi dans le registre des projets opportunistes, qui voit des auteurs consacrés en fin de parcours s'appuyer sur les financements des collectivités territoriales et les facilités du système français pour continuer à faire leur métier, c'est-à-dire tourner des films. A son échelle, ce film est un important succès, rééditant la performance de L'Homme sans passé (2002) avec près de 500 000 spectateurs et spectatrices à ce jour. L'incapacité chronique de la critique cultivée à prendre en compte la part de stratégie économique dans les démarches artistiques des films d'auteurs n'est plus à démontrer. l'intérêt d'une pareille posture est évident : elle permet d'entretenir la fiction moderniste de l'autonomie de l'art, et romantise la figure de l'auteur en parangon de la lutte contre "le système". Le fantasme du bastion culturel autonome isolé du courant du monde a la vie dure en ces temps de crise identitaire des gauches. D'où l'unanimisme d'une certaine critique autour du Havre.
Ajouté à l'esthétique "économe" que cultive le cinéaste finlandais depuis ses débuts, le choix de la grande ville ouvrière du Havre éveille chez certains les échos nostalgiques du temps glorieux des luttes passées. Le "petit peuple" improbable du film n'existe évidemment pas dans la réalité, cette image d'une communauté blanche réglée par les rituels solidaires du quotidien faisant plutôt appel à l'imaginaire d'une France de l'entre-deux guerres qu'à celle du 21è siècle. A l'instar du Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jeunet, mais avec une finalité politique en apparence antagoniste, le film de Kaurismäki invente une France qui n'existe pas (ou plus). La hantise des partis de gauche est la peur de l'abstention. Ils savent qu'ils ont perdu de longue date l'électorat populaire au profit d'un barbecue entre ami-es ou de Marine Le Pen. Le populisme mélenchonien d'un vrai mâle avec des couilles ne vise qu'à attirer le prolétaire parti batifoler sur d'autres terres. Dès lors, On reste baba de saisissement devant cette image venue d'un autre âge de cireurs faisant l'arrivée du train de Paris à la sortie de la gare du Havre (que celui ou celle qui aurait croisé des cireurs ambulants au Havre ou ailleurs en France publie ici-même un commentaire). Un indice nous informe que nous sommes bien en 2011 : l'un des cireurs est asiatique.
D'ailleurs, l'actualité des migrants s'invite dans le film, puisqu'à ville portuaire il faut bien ses déshérités de passage. Dans un container, la police découvre une famille venue d'Afrique, l'ancien à la vénérable barbe blanche encourageant à l'ouverture de la prison de métal son petit-fils à prendre la poudre d'escampette. C'est ainsi que sous les auspices bienveillantes d'un commissaire aux allures gestapistes, mais en réalité opposé aux pratiques répressives de sa hiérarchie, se déroule le fil principal de l'histoire. Marcel Marx, personnage servi par l'excellent acteur André Wilms, est un homme faible, inutile, qui fait tellement le désespoir de sa femme Arletty (la non moins excellente Kati Outinen) qu'elle en tombe malade, malade de cette vie terne et morne qui la voit fumer en cachette pendant que son mari est au lit, préparer sans passion un morne repas, repasser les mêmes habits élimés. Mais le quotidien d'Arletty (autre tribut grossier à l'imaginaire de l'entre-deux guerres) n'est pas le sujet du film.
Le sujet du film, c'est comment un homme brillant mais déchu va pouvoir reconquérir à ses yeux et à ceux de ses proches, dont sa femme au premier chef, un peu de fierté. Comment il va redevenir un homme. La réponse réside vous l'aurez compris dans le combat généreux pour les droits des sans-papiers. Mué en chevalier costumé, allant jusqu'à prétendre qu'il est avocat pour parvenir à ses fins, Marcel Marx (si avec un tel patronyme les profs de gauche et les journalistes alter n'ont pas déjà fondus, c'est à n'y plus rien comprendre) dilapide donc les économies accumulées patiemment par sa femme pour mener à bien son combat : sauver des griffes de la police Idrissa (Blondin Miguel), un jeune réfugié qu'il aidera à passer en Grande-Bretagne. Jusqu'ici désoeuvré, Marcel Marx semble trouver avec cette cause une seconde jeunesse, une nouvelle raison de vivre qui va le reconstituer en mâle triomphant : bien sûr, le succès est modeste - mais réel. La modestie même de son acte contribue à le rendre sympathique. Personne ne s'offusquera qu'il préfère abandonner sa femme mourante à l'hôpital pour courir la campagne à la recherche de la famille d'Idrissa, découvrant à cette occasion la réalité euphémisée d'un camp de clandestins avec lesquels il partage une soupe dans une atmosphère bon enfant (on croit rêver).
Au contraire, il sort grandi d'avoir fait ce choix, puisque non seulement son opération sauvetage (dans le plus pur style un sac de riz pour l'éthiopie) est couronnée de succès, mais de surcroît sa femme survit contre toute attente à sa maladie.
Ce "miracle" apparaît donc comme la récompense ultime d'un homme - blanc, cultivé, et tranquillement machiste - qui aura su se montrer sensible à la détresse d'un pauvre petit noir : l'Afrique c'est bien connu ne sachant pas se débrouiller par elle-même. Aucun critique engagé ne se sera non plus indigné de cette acrobatie désormais courante qui substitue la conscience humanitaire à la conscience politique (et allons-y du concert caritatif, sorte de "We are the World" du pauvre, avec le sémillant Little Bob en guest star). Bien sûr, entre-temps, le film aura su nous apitoyer sur le sort de ces "malheureux", en accumulant les clichés lamentables, comme ce plan qui cadre un Marcel Marx avec sa bibliothèque face à un Idrissa silencieux et attentif, bon élève. Il aura excité l'intello de gauche avec cette image retrouvée et réanimée du "petit peuple authentique" dont l'unité se reconstitue à l'occasion du combat de Marcel Marx pour le petit Idrissa (tout le monde l'aide dans son entreprise).
On passera aussi sur cette étrange utopie qui consiste à souder la communauté blanche autour d'une entreprise d'expulsion vers l'Angleterre du seul élément étranger susceptible de questionner sa totalité excluante, puisque personne ne semble avoir été choqué par cela Le seul autre vrai personnage non-blanc du film est Chang, l'ami cireur de Marcel Marx, mais il s'agit d'un second rôle sans épaisseur, qui accepte d'ailleurs de lui-même (on ne pourrait rêver mieux!) de renoncer à son identité. En effet, il explique qu'il ne s'appelle pas Chang! dans une esquisse inaboutie de l'oppression universalisante française qui impose de gommer son identité particulière pour avoir le droit de rejoindre la communauté républicaine. A partir de là, le fait que Chang soit asiatique n'a plus aucune espèce d'importance, il est parmi les autres, aussi anodin que sa boîte à cirage.
On gardera donc un film très bien tenu et mené, des acteurs réjouissants, et une écriture sensible et juste. Mais ce sera pour reconnaître le talent de Kaurismäki, tout en faisant comme nos collègues bien-pensants et si persuadés d'avoir raison.
Ils oublient juste une chose : le racisme de gauche, ça existe aussi, et ça reste du racisme, même quand c'est sympa et bien foutu.
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26.11.2011
Forgotten Space - l'Océan de l'Oubli
Essay film
by Noel Burch
Forty years ago I may have been the first to launch the concept of the essay film. I was still intellectually juvenile and quite “apolitical” and the notion was hazy in my mind. I set the essay film against “documentary” in the classical sense, that supposedly objective rendering of reality, my bad objects were Flaherty, Grierson and the GPO. An essay film was about getting across ideas. And it was also about inventing complex forms, structured ambiguities, about getting away from a certain linearity, common I felt to standard documentary and “Hollywood” alike. It’s worth noting that most of the models I chose were much further to the left than I was : Franju’s Hotel des Invalides, Rosi’s Salvatore Giuliano, Godard’s middle period, Dziga Vertov and also certain experiments in French public television… Essential to the notion was the admixture of materials and stylistic approaches, fictional footage mingling, perhaps “invisibly”, with cinema-vérité, library shots, hidden camera-work, etc. Such discontinuities were meant to create, somehow or other, the famous “distanciation” theorized and practiced by Brecht. At least that is what I began claiming after I was radicalized in ’68. However, mainly I see it today as a modernist stance: involvement in a film (or a play or a novel) was in itself a bad object, a “Hollywoodian” relationship between screen and spectator. I was rationalizing what was in fact a pure aesthetic preference based on the leftist idea that the “transparency” of mass cultural artefacts “alienated” the mass audience…
The essay film caught on during the seventies and early eighties. In France, I was first able to put it into practice with André S. Labarthe, Janine Bazin and Jean-André Fieschi for Cinéastes de notre temps (1966-71) and in the mid-eighties again with a social history of early cinema in six episodes for FR3 and Channel 4. But it was mostly in England that the essay film developed, during those early, heady years of Channel 4, and of audacious funding programs at the Arts Council and the BFI Production Board. I was personally able to make three such hour-long films there, but so did many others, including several of my former students at the Royal College of Arts (Ed Bennett, Anna Ambrose, Phil Mulloy…). And I remember being naively peeved when The Impersonation, which I co-directed with Christopher Mason for the Arts Council, won a prize at the Melbourne festival for “best experimental film.” Why “experimental” I wanted to know? For me, this was the way a “documentary” should be…
Today this kind of film is out of fashion, ratings are king, audiences are meant to be too dumb to follow anything the least bit complex…
And so The Forgotten Space, which has been an attempt to carry on with that unfinished business, was made against the grain. When it occurred to Allan and I to make a film drawn from “Dismal science” the main essay in his Fish Story, of which I had become enamoured while translating it into French, we both had in mind something along those lines, mingling little fictions, and even surrealistic “collages”, with cinema-vérité reportages, library shots, etc. This proved a difficult agenda for all sorts of practical reasons and because of various artistic and ideological frictions within a complex co-production structure.
I think what principally remains here of the basic concept of the essay film is a rather rambling structure, very largely discontinuous and often digressive. It is certainly a film which should keep spectators on their toes but is, hopefully, nowhere opaque. Subject-matter such as this, the evils of productivist, “globalized” capitalism, even if looked at solely in terms of maritime shipping and adjacent activities, is so vast that it can only be sampled… in such a way, we hope, as to suggest the extent of the horror… and the logic of the problematic mutations under way… It is a film which has to be continued by other means…
France, October 2010
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28.10.2011
Entre Industrie et Culture : Quelle place pour l'Education populaire?
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Entre Industrie et Culture : quelle place pour l'Education populaire?
18:44 Publié dans Tausend Augen en action | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.10.2011
District 9 : Ils ne passeront pas par moi
Par Civan Gürel
(autorisation de séjour n°89 9087 - R)
Johannesburg, de nos jours. Un immense vaisseau spatial, tombé en panne, reste bloqué au-dessus de la ville depuis 1982. Les aliens qu’il transportait ont été débarqués dans le District 9, un camp de fortune qui s’est rapidement transformé en ghetto insalubre. Ces immigrants de l'espace, dotés du surnom péjoratif de « Crevettes », sont très mal vus par les humains. Le gouvernement confie la gestion du problème à la société privée MNU. Wikus van der Merwe, un de leurs agents, est chargé de superviser l'évacuation des aliens vers un autre camp. Contaminé par un fluide extra-terrestre, l'employé zélé subit une mutation génétique qui en fait le seul homme capable d'utiliser l’arsenal des aliens, convoité par la MNU. Fuyant ses ex-employeurs voulant le transformer en cobaye, Wikus se réfugie dans le District 9, où sévit un gang de Nigérians...
Un réalisateur jeune mais aguerri 
Neill Blomkamp est né en Afrique du Sud (1979). A l'âge de 18 ans, il s'installe au Canada et étudie le cinéma. Devenu spécialiste des effets visuels, Blomkamp travaille sur les séries Smallville et Stargate SG-1 tout en mettant en scène clips et publicités. Il réalisera ainsi une pub à la Transformers, devenue célèbre, pour Citroën1. En 2005, Blomkamp se distingue aussi avec son court métrage Alive in Joburg2où, dans un style documentaire, il montre la ville de Johannesburg aux prises avec des immigrants extra-terrestres. Il est alors choisi par Peter Jackson (auteur du cycle Seigneur des anneaux) pour réaliser l'adaptation du jeu vidéo Halo mais le projet n'aboutit pas. Reprenant le canevas de son court métrage, Neill Blomkamp crée une oeuvre plus personnelle. Produit par Jackson pour 30 millions de dollars, son film fait un malheur au box-office.
Une fable SF riche en sens (et en contradictions)
Le ghetto appelé District 9 évoque District 6, quartier des docks du Cap connu pour avoir longtemps abrité des familles modestes de toutes races. En 1966, le régime sud-africain décide d’en faire une zone réservée aux Blancs, ce qui aboutira en 1982 (l’année où apparaît l’OVNI du film) à la destruction du quartier et à la dispersion des habitants.
Le film est donc une allégorie de l’apartheid, mais il renvoie également à la persistance des inégalités en Afrique du Sud malgré la fin de la ségrégation et l’élection de Mandela (1994). De même, District 9 reflète
les tensions liées aux flux d’immigrés africains que connaît le pays. L'ancrage local est d'autant plus fort que le tournage a eu lieu dans une banlieue de Soweto, où des bicoques venaient d'être démolies. L'on racheta ce qui en restait et le bidonville du film fut créé à partir de ces matériaux. L'équipe subit les menaces des gangs contrôlant le secteur : il fallut engager des caïds locaux pour assurer la sécurité. Le premier jour de travail, des réfugiés du Zimbabwe furent assassinés dans les rues de Johannesburg.
Cependant, l'aspect métaphorique du récit le fait aussi entrer en résonance avec : la situation des Palestiniens ; celle des détenus de Guantanamo; le sort des réfugiés du Tiers-Monde, des immigrés clandestins et des victimes de la xénophobie en général. De plus, le personnage de Wikus qualifie le lieu vers lequel on évacue les aliens de « camp de concentration », ce qui rappelle l’Holocauste.
La science-fiction est un genre propice à la représentation de sujets tabous. Ainsi, un des premiers films américains à avoir abordé le 11-Septembre est La guerre des mondes, où l'agression extra-terrestre symbolise les attentats de 2001. Il en va de même pour les rapports interraciaux et le racisme, thèmes récurrents dans le cinéma fantastique : LaPlanète des singes (celui de 1968), Blade runner, Aliens, Matrix, Underworld.
De son côté, Neill Blomkamp énumère parmi les cinéastes qui l'ont marqué Ridley Scott (pour Alien et Blade runner) et James Cameron (pour Aliens). District 9 fait aussi allusion à La Mouche où David Cronenberg suit pas à pas la lente transformation d'un homme en monstre insectoïde. Le jeune auteur sud-africain prend surtout un malin plaisir à détourner les poncifs de la SF. Finis les humains qui débarquent sur une planète hostile : ici, ce sont les aliens qui sont opprimés par les Terriens. Alors que la destination privilégiée des aliens de cinéma est l'Amérique, ils apparaissent ici dans le ciel de Johannesburg. Leur vaisseau géant a beau rappeler celui d'Independence Day, il est immobilisé par une banale panne et n'abrite pas des monstres conquérants mais des Boat people interstellaires. La subversion du thème de l'invasion extra-terrestre est aussi un commentaire ironique sur les discours nationalistes stigmatisant « l'invasion » des pays du Nord par les immigrés clandestins.
District 9 mélange plusieurs genres : film d'action, mélodrame, buddy movie3, film d'horreur, satire et documentaire. La première partie du film, qui entremêle diverses sources d'images (reportage, infos TV, vidéosurveillance, etc.) tient en fait du faux documentaire (dit « documenteur »), comme Le projet Blair Witch et Cloverfield. Les premières 45 et dernières 15 minutes du film, où les aliens apparaissent sous un jour repoussant, relèvent justement du documenteur : leur image est fabriquée par ceux qui les filment et les jugent. Durant le reste de l'histoire, le spectateur apprend, en même temps que l'anti-héros raciste, à quel point l'image médiatique déformait la réalité. Tout en constituant une critique des médias, l'aspect composite de la forme du film est lié à son thème central : le métissage. Cela concerne aussi bien les aliens eux-mêmes (mi-insectes, mi-bipèdes) que le personnage principal, qui devient d'abord un hybride inter-espèces avant une métamorphose complète, se retrouvant littéralement dans la peau d'un étranger victime de discrimination.
Pour autant, District 9 n'est pas sans contradictions. Certains des mauvais rôles sont réservés à des gangsters nigérians régnant sur le bidonville. Leur chef (dont le patronyme rappelle celui de l'ancien président du Nigéria, Obasanjo) pratique le cannibalisme rituel. Outre des sbires à la gâchette facile, il est entourée d'une inquiétante sorcière et de prostituées. Il est vrai qu'on trouve en Afrique du Sud l'une des branches africaines les plus actives du réseau criminel transnational que la mafia nigériane a tissé depuis les années 19904. Par ailleurs, District 9 compte aussi des méchants blancs. Toutefois, leurs actes ont une certaine logique et, à l'instar du protagoniste, ils sont capables d'évoluer. Le film caractérise les Nigérians comme une horde sauvage irrécupérable et les associe aux pires stéréotypes sur les Noirs africains, ce qui lui a valu une levée de boucliers au Nigéria5.
Relevons aussi que, côté extra-terrestre, seuls le savant et son fils sont des êtres intelligents et dignes de sympathie. Les autres, formant une masse indifférenciée, sont aussi primitifs que les malfrats noirs, même s'ils subissent des persécutions. De surcroît, le gentil alien porte un nom humain : Christopher Johnson. Son prénom, qui signifie « porteur du Christ » est celui du saint qui porta Jésus bébé dans ses bras, et ses initiales (de même que celles de son fils) sont le reflet inversé de celles du Messie. Moralité : l'étranger ne devient acceptable qu'à partir du moment où il est « assimilé » au point de ne plus avoir d'identité propre. La valeur de l'alien sage n'est reconnue qu'à travers un parallèle avec Jésus, ce qui est typique de films montrant des leaders extra-européens, comme Gandhi (1982), qui assimile le dirigeant indien martyr à un saint occidental.
Pour couronner le tout, les aliens positifs de District 9 ont pour fonction de rehausser le parcours et le sacrifice de Wikus. Ce qui, sans rien enlever à ses qualités, marque définitivement les limites du film de Neill Blomkamp. En effet, l'Afrikaner repenti appartient à une vaste famille de personnages blancs qui deviennent les champions de peuples «indigènes » dont la souffrance met en valeur leur héroïsme, de Danse avec les loups à La liste de Schindler en passant par Blood diamond et Avatar.
3 Désigne les films où deux personnages que tout oppose s'affrontent avant de se lier d'amitié : L'arme fatale, Rush hour et... Bienvenue chez les chtis
13:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : district 9, immigration, frontieres, aliens, alien, cinema, apartheid, johnny hallyday
09.06.2011
Test Dept Total State Machine
11:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



