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  • Nana

    Nana, le chef-d’œuvre de la mangaka Aï Yazawa, est un des succès récents de l’édition française pour adolescents. A juste titre. Le succès phénoménal de la série a naturellement conduit à la décliner sur d’autres supports que la bande dessinée. Il existe aujourd’hui deux long-métrages en prises de vue réelles, une série animée en 50 épisodes (actuellement diffusée sur Virgin17, une chaîne de la TNT), un jeu Nana est sorti sur console conçu par l’éditeur japonais Konami (par ailleurs concepteur et développeur de l’excellente série de jeux Silent Hill qui a renouvelé le genre du « Survival Horror » il y a quelques années). Bien qu’étant un shojo (genre de manga s’adressant prioritairement aux adolescentes), Nana a réussi tant au Japon qu’en France à toucher un public plus large. Des jeunes garçons et des adultes des deux sexes en constituent le public. Petite incursion dans l’univers dessiné de Aï Yazawa, le shojo manga, et l’anime.

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    Tout commence par hasard…

    Le premier volume de la série met en scène la rencontre de deux jeunes femmes de 18 ans, Nana Komatsu et Nana Osaki, qui arrivent à Tokyo par le même train, font connaissance, se quittent à leur arrivée, avant de se croiser à nouveau par hasard à l’occasion de leur recherche d’appartement. Elles emménagent ensemble. A partir de là, la série raconte leur apprentissage de la vie d’adulte dans la mégapole tokyoïte. Nana Komatsu aspire à trouver le grand amour, et à jouer le rôle de parfaite épouse. Nana Osaki rêve de devenir chanteuse de rock. L’une comme l’autre réalisera ce rêve, sans y trouver la satisfaction ou l’accomplissement attendus. Mais l’apparente superficialité de Komatsu et l’anticonformisme d’Osaki révèlent surtout au fil du récit deux fortes personnalités de jeunes femmes qui parviennent à tracer leur route seules, tout en restant amies, malgré les obstacles et des hommes pas toujours vraiment à la hauteur de ces deux « nanas ». L’écriture subtile d’Aï Yazawa entrecroise autour des deux principales protagonistes une foultitude de personnages auxquels elle accorde une grande attention. On ne s’en étonnera pas, l’interpénétration de multiples intrigues et l’importance des personnages secondaires, qui font jeu égal avec les personnages principaux, étant une des marques de fabrique du feuilleton, forme de récit populaire par excellence.


    Un portrait de la jeunesse urbaine branchée

    Aï Yazawa immerge les deux jeunes filles dans la modernité d’une mégapole mondialisée, avec tous les trajets de la post-adolescence : aventures sexuelles, histoires d’amour, goût pour la mode, inscription dans un mode de vie urbain trépidant (sorties, restaurant, transports,…), premières expériences professionnelles, ambitions et déceptions. La réussite de Nana tient largement à la richesse des personnages, à l’attention portée aux petits détails du quotidien, et à un dessin magnifique d’élégance et de sensibilité, qui restitue à la fois l’aspect « posture » et branché de la jeunesse urbaine de la classe moyenne, et la profondeur et l’authenticité des sentiments qui se pressent derrière le jeu des apparences. Quelle extraordinaire palette d’expressions possèdent les visages de ses personnages !

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    Autre élément essentiel, l’immersion dans la culture rock et pop. En effet, la musique est au cœur de Nana, Osaki devenant chanteuse du groupe punk-rock Blast, tandis que Ren, son petit ami (dont elle s’émancipe au fur et à mesure qu’elle gagne en maturité) joue pour Trapnest, le groupe concurrent. La trame n’est pas sans rappeler le très bon film Girlfight évoqué dans Tausend Augen #26/27.
    Ainsi, Aï Yazawa dresse un portrait intime et d’une formidable justesse de jeunes adultes enfants de la société de consommation, de la pop-rock, et de la mégalopolis mondialisée, nouvelle frontière de l’imaginaire collectif. Ce récit tout en maturité a pour grande qualité de n’esquiver aucune des questions qui se posent à cet âge-là, sans la pruderie bien-pensante que l’on subit en France dans les productions pour la jeunesse. Cette liberté de ton et de représentation de l’univers des post-adolescents fait mouche. Par la façon d’insister par exemple sur l’attachement aux marques comme codes d’appartenance et de sociabilité (les cigarettes Blackstone…), par le souci du détail vestimentaire, par la valorisation du mode de vie urbain et branché, ou avec le personnage de Yasu, le meilleur ami de Nana Osaki et Nana Komatsu, qui introduit habilement la question sensible pour les jeunes de l’indétermination sexuelle, Nana gagne une grande proximité avec son public. Si le thème de l’homosexualité est abordé frontalement avec certains personnages, c’est avant tout l’ambiguïté sexuelle plus que l’hétérosexualité dominante qui est valorisée, ce qui est un autre point intéressant. Le dessin renforce l’indétermination de genre qui montre des personnages tout en minceur à la gestuelle apprêtée et « féminisée ». Enfin, Nana montre aux filles que l’on peut s’accomplir sans se renier, sans pour autant évacuer les difficultés. L’adaptation du manga en anime parvient à restituer la finesse du trait de Aï Yazawa, et permet d’entendre vraiment Nana chanter ! Le travail sur la lumière, ainsi que la subtile émotion qui se dégage du dessin sont également très bien rendus.

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    Au cinéma, tant sur le plan de l’atmosphère de la série que de ce qui y est dit, on pourrait rapprocher Nana des films de Sofia Coppola, en particulier Marie-Antoinette. Mais Nana vaut aussi pour les garçons. En s’y plongeant (30% du lectorat de la série serait masculin) ils pourront découvrir avec surprise que les nanas ne sont pas d’obscurs objets de désir, et que même si elles les aiment bien, elles peuvent exister sans les mecs.


    Nana, 18 volumes parus, Editions Delcourt.
    Site Internet de la série : www.nana-manga.fr
    A noter qu’une autre série, moins aboutie, mais néanmoins passionnante de Aï Yazawa est parue en France et vaut le détour (7 volumes) : Paradise Kiss, qui met en scène les élèves d’une école de stylisme.

  • T.A. Spring Camp

    Université de Printemps Tausend Augen, Lille, 11-13 avril 2008

    Quand vient le printemps, on observe un étrange phénomène : des rédacteurs de Tausend Augen se réunissent pour fuir les premiers rayons de soleil. Ils boivent des bières, écoutent une version turque de "Siffler sur la colline", discutent de films et regardent des images qui bougent. Le plus étrange est qu'ils semblent prendre plaisir à cela.
    Nous avons parlé de certains textes du prochain numéro (patience, lecteur-lectrice, il arrive), et poursuivi l'élaboration constante et collective de la ligne éditoriale de la revue.
    Constatant l'absence de filles à cette réunion, emportés par nos mâles instincts, nous avons envisagé de nous proclamer unilatéralement "seule revue féministe interdite aux filles" avant de nous apercevoir qu'il y en avait tout de même trois dans l'équipe, ce qui donne une idée du travail qui reste à faire.
    Puis l'idée d'un prochain dossier sur les cultures numériques, et d'un autre sur Béla Tarr a été confirmée.

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    Figurent sur la photographie par Vianney Duhamel, de gauche à droite (dans le sens de l'Histoire, donc):
    Mehdi Derfoufi, Civan Gürel, Jean-Marc Genuite, Sébastien Hoët, Thierry Laurent

    Assis à la table :
    Pierre-Emmanuel Fizni, Régis Dubois

    Une Université d'été est envisagée, pour prolonger le plaisir.


  • Kitano, introduisant le darwinisme dans les jeux télévisés


    “I still bear an ineradicable grudge toward Takeshi Kitano, one of the few contemporary Japanese filmmakers known in the West, for spearheading this cultural rollback* by hosting one of the first Darwinist game shows in television history. Fuun! Takeshi Jo (Takeshi’s Castle, 1986-9) became the model for a global flood of television shows that translated Thatcherite values of competition and social selection into the voluntary degradation of participants.”

     [Hito Steyerl: Life in Film, in: Frieze 114 (March 1008)]

     

    *“The death of this type of filmmaking [Wakmatsu, Adachi Masao, Terayama Shuji u.a.] started as early as the mid-1970s, declining with the social and cultural movements of the 1960s it had been a part of. It was accelerated in the 1980s by a combination of banal television shows, rampant infantilization and cuteness cults, which killed off any possible interest in mainstream Japanese film production for a long time to come.”

     

    (via new filmkritik)

     

  • Trop beauf pour être vrai, le Français moyen

    Surprenant, mais de temps en temps il y a vraisemblablement des sursauts, un article sur les stéréotypes du beauf dans le cinéma français publié dans Télérama.

     

    (trouvé par ici). 

     

     

    (Bon, tout de même, c'est plus facile quand même pour Télérama d'écrire sur les stéréotypes de beauf dans le cinéma commercial que d'essayer d'y toucher dans le cinéma de la culture légitime...) 

  • "Pudeurs" et "libertinage", retour sur le foulard, abusivement appelé "voile"

     A nos lecteurs qui ont pu lire, outre dans la revue, sur ce blog, une longue prise de position de Noel Burch, nous indiquerons un nouveau texte paru sur le site Les Mots Sont Importants :

    Pudeurs" et "libertinage", retour sur le foulard, abusivement appelé "voile" (Noel Burch, 7 avril 2008) 

  • Hollywood, cinéma et idéologie. Un essai de Régis Dubois publié par les éditions Sulliver

    Après en avoir publié des versions ici retravaillé depuis quelques années dans la revue Tausend Augen, Régis Dubois, membre de la rédaction, voit son travail publié aux éditions Sulliver dont nous saluons la sortie !  

     

     

    De "Tarzan à Hollywood" aux "Peaux-Rouges, Noirs, Viets, Arabes, aliens et autres mutants", en passant par "Le D-Day mis en scène par Hollywood", ou les incontournables "Rocky et Rambo", une réalité se dessine : "En plus de promouvoir un certain mode de vie, les films made in Hollywood imposent aussi et surtout une manière de penser. Car l'idéologie américaine est définitivement inscrite dans les formes et dans les structures mêmes du cinéma hollywoodien".

    Pour autant ce livre n’est pas un dénigrement du cinéma populaire-commercial-hollywoodien. Dès le premier chapitre, l’auteur s’interroge sur l’approche française d’une critique cinématographique qui n’a pas su dépasser le clivage schématique entre "cinéma d’auteur" et "films grand public". Il adopte au contraire, tout au long du livre, l’approche des cultural studies à l’anglo-saxonne qui analysent les œuvres sans préjugé, en les replaçant dans leur contexte socioculturel.

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    Table des matières :

    • Cinéma et idéologie : Pour une critique marxiste des films
    • Hollywood, la censure et le rêve américain : Réflexions sur les rapports entre cinéma et idéologie aux Etats-Unis
    • Tarzan à Hollywood : Du rousseauisme à l’impérialisme
    • Boxe et cinéma : combats idéologiques
    • Violeurs, eunuques et étalons blacks : Evolution de la masculinité noire dans les films américains
    • De Rocky à Rambo ou comment on est passé du Nouvel Hollywood au cinéma reaganien
    • Le «  D-Day » mis en scène par Hollywood : Le Jour le plus long et Il faut sauver le soldat Ryan : deux visions de la guerre ?
    • Peaux-rouges, Noirs, Viets, Arabes, Aliens et autres mutans : Persistance et interchangeabilité des stéréotypes de l’Autre dans le cinéma hollywoodien
    • « C’est juste du divertissement ! » Questions de réception autour du film 300 de Zack Snyder (2007)

    Agé de 34 ans, Régis Dubois vit à Marseille, où il enseigne le cinéma. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Images du Noir dans le cinéma américain blanc (1980-1995) (L’Harmattan, 1997), Le Cinéma des Noirs américains (Le Cerf, 2005) ou Une histoire politique du cinéma (Sulliver, 2007). Il collabore depuis plusieurs années à la revue Tausend Augen.

    Hollywood, cinéma et idéologie
    Editions Sulliver, 2008

    format 15x22
    176 pages
    19 euros

    Vous pouvez commander le livre, par exemple, à la Librairie Vent d'Ouest, à Nantes, qui vous l'enverra, comme amazon...