Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • De la beauté des latrines

    On vous en avait indiqué la sortie en espérant que la publication chez l'Harmattan ne le noie pas sous tous les autres titres. Et bien voici quand même un article (enfin, un billet de blog) sur le dernier livre de Noel Burch De la beauté des latrines.

    C'est Edouard Waintrop qui s'y colle : ici

     

    Et, en piqure de rappel : 

    Tausend Augen avait été la première revue à publier des extraits de cet ultime ouvrage de Noël Burch sur le cinéma. C'était dans le n°24 de la revue (encore disponible, à commander à redaction@tausendaugen.com).
    Resté inédit des années durant, De la Beauté des Latrines paraît enfin chez L'Harmattan. 924184996c8d8d3588b5717891bf26f4.jpg


    DE LA BEAUTÉ DES LATRINES
    Pour réhabiliter le sens au cinéma et ailleurs

    Noël Burch
    Champs visuels
    ARTS, ESTHÉTIQUE, VIE CULTURELLE BEAUX ARTS CINÉMA, PHOTOGRAPHIE

    "Il n'y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir de rien ; tout ce qui est utile est laid... L'endroit le plus utile d'une maison, ce sont les latrines." (Théophile Gautier)

    "L'esthétique a été inventée autant pour se tenir à distance de la réalité, se protéger d'elle, que pour approcher de plus près cette réalité." (Christa Wolf)

    Voici une critique d'ensemble des idéologies réactionnaires - avant-gardisme obscurantiste, misogynie, mépris de la culture de masse - qui déterminent largement la pensée universitaire des dits "intellectuels".

     

    On notera aussi que Jean-Pierre Esquénazi qui dirige la collection Champs Visuels chez l'Harmattant et qui soutient Noel Burch depuis longtemps a repris deux autres titres.

    841ecaef9a005c895726d710da49639a.jpg

    24b664abc8d092a25f17c66991fd6fef.jpg
  • Réponse à la traduction d'un billet de Volker Pantenburg

    L'Allemagne, non seulement douche notre plaisir en se retrouvant en finale après avoir pratiqué un football médiocre face à une équipe turque joueuse et brillante (qui plus est privée de 9 de ses joueurs titulaires!), mais en plus elle nous gratifie en la personne de Volker Pantenburg de considérations sur le chauvinisme un peu étranges. Il est vrai que je n'ai pas compris la fin du texte de Volker Pantenburg. En fait, il le dit lui-même, il n'est pas un spectateur très expérimenté ni très concentré. Cela explique peut-être qu'il cède facilement, comme de nombreux intellectuels, à la simplification qui consiste à mettre en perspective le comportement d'un supporter de foot avec l'expression d'un nationalisme qui serait condamnable. A cet égard, une analyse qui postulerait qu'il y a là peut-être plus de choses qui ont à voir avec le jeu du travestissement, du rôle que l'on investit, de l'élaboration identitaire collective dans le bon sens du terme, choses que les médias modernes ont parfaitement comprises, serait bien plus intéressante. Oui, sans complexe, on joue avec les stéréotypes pour dire que les Allemands "à leur habitude" jouent un football froidement efficace et chiant, tuant tout plaisir. Cela colle bien à l'image qu'on en a dans l'imaginaire collectif : froids, efficaces, presque inhumains, nazis, autrement dit. Et c'est très bien! on s'en amuse, on en rit, et à la fin Turcs et Allemands boivent ensemble des bières, car au fond pour 90% des spectateurs et supporters de football, investir ces stéréotypes ne dure sérieusement que le temps du match. D'ailleurs, c'est Gernot Rohr qui le dit lui-même (dans 100% euro sur M6 mercredi 25 juin) : "l'essentiel on est en finale, peu importe la manière, on n'est pas là pour bien jouer au football mais pour gagner." Volker Pantenburg s'étonne du filmage opposant supporters russes débraillés, et supportrices hollandaises affriolantes (Je suis personnellement sexuellement plus excité par les supporters russes, qui n'ont pas hésité à se mettre torses nus). Mais il aurait dû se concentrer un peu plus; il aurait alors pu constater que son analyse ne tenait pas (on a aussi vu des supportrices russes joliment maquillées). Quant aux drapeaux, Volker Pantenburg semble leur accorder une signification inscrite dans une vision archaïque des modalités de l'expression nationale (culturelle, identitaire, etc.) Il semble penser qu'arborer un drapeau ou des couleurs nationales est investi du même sens qu'en 1920-1940. Bref, à un moment donné, on aimerait bien que certains intellos cessent d'essayer d'appliquer au football (et les autres sports d'ailleurs?) des techniques d'analyse peu opérantes. Qu'ils fassent l'effort plutôt d'analyser les matches sur le fond, et sur leur esthétique, c'est plus difficile (il faut se concentrer un peu plus), mais c'est plus méritoire.

  • Euro 2008 : le global n'est ni le dépassement ni le démantèlement du principe national, tout juste sa modification

    Je traduis ici rapidement le billet de  Volker Pantenburg (l'un des critiques cinéma allemand les plus intéressant) à propos des retransmissions de match de l'Euro 2008, publié sur le site Neue Filmkritik, qui se propose de reprendre sur le net le projet de la formidable revue  Filmkritik (dont Harun Farocki fut rédac-chef de 1974 à 1984) et dont nous vous parlions dans le HS#2 de tausend augen.


    Euro 2008

    Je ne suis ni un spectateur de football très expérimenté ni spécialement concentré, mais il était impossible de ne pas voir le chauvinisme de la réalisation image lors de la retransmission du match Pays-Bas/Russie [sur la seconde chaine allemande ZDF, ndt].

    Dès que le camp des supporteurs pro-russes étaient donnés à voir, les images donnaient dans l'iconographie de la horde : ventres à l'air, braillards pas particulièrement beaux à regarder, se remuant au son de leurs tambours. Pour "la Hollande", à contrario, la monnaie d'échange fut de gros plans sur des blondes au regard triste et éthéré (les hollandais étaient menés à ce moment là) et de jolis drapeaux sur leurs joues. Cette forme douteuse jouant sur l'émotion de la retransmission me semble bien plus poussée qu'il y a deux ans encore [pendant le Mondial 2006, ndt]. Il me semble aussi que les grands médias apparurent trop surpris par la vague de retour du sentiment national de 2006 (quand bien même ils y auraient eu une part active) pour avoir pu s'entendre sur l'élaboration au préalable d'une stratégie footballistique collatérale. Aujourd'hui pourtant, chaque fabriquant de bière, de voiture ou de jenesaisquoi, tout comme les nouvelles que nous servent les journaux, mettent la main à la pâte avec leurs petits drapeaux. Que l'"Europe" n'allait pas être dans ce contexte un correctif, mais juste un semblant de signifié métanational – la somme, pas le contraire des drapeaux –, était prévisible. Cela fonctionne vraisemblablement tel que le décrit  Saskia Sassen dans son livre sur la globalisation* : le global ne doit pas se comprendre comme dépassement ou démantèlement du principe national, mais comme sa modification. Dans la SZ [quotidien national de centre gauche, ndt] d'aujourd'hui, on peut lire une discussion sur son livre. Mais dans cette même édition, on n'a pas honte, page 2, d'utiliser la formule "le bateau est plein" [en français : "la barque/la coupe est pleine", ndt] et non pas juste l'utiliser, mais même, bien européen, de la mettre au pluriel. Bien sûr, il s'agissait ici littéralement des bateaux de réfugiés, mais avec cette formulation, on invoque la métaphore et avec la métaphore, le ressentiment.


    posted by Volker Pantenburg



    * - édition originale de son livre (en anglais) Territory, Authority, Rights: From Medieval to Global Assemblages
       - l'édition allemande dont parle Volker Pantenburg : Das Paradox des Nationalen
       - en français, sur le même thème : "Mais pourquoi émigrent-ils ?", Saskia Sassen, Le Monde Diplomatique, novembre 2000

  • Retour aux féodalités

    Nous publions ci-dessous un courrier révélateur des évolutions en cours depuis plusieurs années. Bientôt, lorsque vous serez étudiant, c'est votre seigneur et maître le MAIRE qui vous accordera (car tel sera son bon plaisir) une bourse d'études, avec pour critères : avoir de belles cuisses, être de bonne et pure race flamande, posséder sa carte au parti, etc.
    Le pire : plein de gens trouvent ça formidable.



    Direction Générale
    Affaire suivie par N. RAMECOURT
    ( 03.21.790.702
    *nramecourt@agglo-lenslievin.fr


    Lens, le 9 juin 2008



    Objet : Bourse Universitaire.



    Monsieur le Directeur,


    En octobre 2005, je vous informais de la possibilité d'attribution d'une bourse communautaire, par la Communaupole de Lens-Liévin, aux étudiants de troisième cycle (master II ou doctorat), sous réserves de certaines conditions. Pour mémoire copie de courrier est jointe à la présente.

    Les années universitaires 2005-2006 et 2006-2007 ont généré quelques vingt cinq dossiers qui ont été examinés par la commission mixte paritaire créée à cet effet. Or en 2007-2008, les demandes des étudiants se sont faites rares. Ce constat m'amène à penser à un manque d'information sur le sujet.

    C'est pourquoi je me permets de vous rappeler que cette libéralité, octroyée sous certaines conditions (études primaires et secondaires faites sur le territoire de la Communaupole ou parents y résidant encore), reste d'actualité et que tout changement de directive vous serait immédiatement donné si tel devait être le cas.

    Je vous demanderai donc de bien vouloir diffuser l'information au sein des établissements ou écoles relevant de votre compétence pour les années à venir.

    Vous souhaitant bonne réception de la présente, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, en l'assurance de ma considération distinguée.



    Le Président,



    Michel VANCAILLE,
    Premier Vice-Président du Conseil Général.

  • Médiacultures et critique

    Le combat continue, mais les idées se diffusent de plus en plus largement, ça bouge!


    Lu dans Libération, édition du 14 juin 2008

    Catherine Malabou, Professeur de philosophie à l’Université Paris X-Nanterre

    « Interroger la possibilité d’une critique numérique revient à prendre acte du déplacement considérable que connaît aujourd’hui, avec les « médiacultures », le concept traditionnel de critique. La pratique des blogs, des pages personnelles, du Web 2.0 en général témoignent de ce que l’internaute n’est pas un simple consommateur d’informations, mais un acteur, un producteur de jugement et, par là, de normes esthétiques et culturelles. La prolifération et la fragmentation de ces normes dérangent la notion de « domination », qui a longtemps été le nerf de la critique sociologique française. Héritée de Marx, prolongée par l’Ecole de Francfort et la sociologie de Bourdieu, la « critique » a longtemps trouvé son site dans l’espace du partage. L’opposition entre mainstream culture et subcultures est aujourd’hui obsolète. Le débat consistera à interroger, à partir de la reconnaissance nécessaire de ces changements de paradigme, le devenir de la critique lorsqu’elle se confond avec « l’individualisme expressif ». »

  • Les médiacultures, un changement de paradigme?

    Lu dans Libération, le 14 juin 2008


    Eric Macé, Sociologue, Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (EHESS-CNRS)

    « Longtemps dominant, le paradigme de la « démocratisation de la culture » avait pour principales limites une définition de la culture réduite aux canons de la culture « légitime », à laquelle devait avoir accès les plus grand nombre. Ce paradigme est en voie d’épuisement. Non seulement les publics des établissements culturels restent les mêmes, mais c’est la notion même de « culture légitime » qui est débordée par la prolifération des formes de création culturelle. C’est pour tenter de prendre en compte ces déplacements que la notion de « médiacultures » est proposée. Par l’extension du domaine de l’art à l’ensemble des objets culturels et de leurs amateurs ou en rompant avec une approche critique surplombante au bénéfice d’une socio-anthropologie compréhensive de la culture de masse. La question stratégique des « politiques culturelles » devient alors celle de participer à ces nouvelles formes de coproduction des œuvres, de la critique et des publics tels qu’elles se manifestent sur les scènes d’Internet et dans les pratiques (médias)culturelles. »

     

    PS: Eric Macé a publié chez Armand Colin/l'INA avec Eric Maigret en 2005  Penser les médiacultures. Nouvelles pratiques et nouvelles approches de la représentation du monde et en 2006 aux Editions Amsterdam Les imaginaires médiatiques. Une sociologie postcritique des médias.

    Mediacul.jpg
    TV.jpg