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  • A la fin, il ne peut en rester qu'un

    A la fin, il ne peut en rester qu’un*

    Par Mehdi Derfoufi**


    Cet article est paru dans La Lettre des Pôles #8

    La fragilité de l’action culturelle en France n’est pas nouvelle ; mais le gouvernement actuel a décidé de passer à la vitesse supérieure, assumant le rôle du chauffard grisé par son impunité. Ecraser tout sur son passage, même si derrière l’herbe ne repousse pas ? On nous rétorque que, malheureusement, il est impossible de faire autrement. Tout cela se fait bien entendu au nom de la rationalisation de politiques publiques jugées inefficientes et (trop) coûteuses. Les technocrates qui nous gouvernent seraient donc les victimes expiatoires des dérives passées, non des missi dominici au service d’un projet politique. Les réformes en cours défont pourtant méthodiquement la société, au nom de la bonne gouvernance. Il est vrai que Margaret Thatcher affirmait « there is no such thing as society » (« la société n’existe pas »), ce qui devrait suffire à nous convaincre qu’une politique culturelle publique ne sert à rien. Mais nous sommes un peu têtes de mule. Dans le champ de l’action culturelle, socioculturelle et de l’éducation artistique, les professionnels et les bénévoles composent depuis toujours avec des financements étriqués et des moyens humains et matériels insuffisants. Or, l’Etat devient un arbitre qui organise la concurrence, privé contre public, mais aussi public contre public, territoires contre territoires. Voilà pourquoi parler de désengagement n’est pas très exact ; le mot est mobilisateur, mais l’employer trop souvent accrédite l’idée de l’impuissance du politique.
    Si au niveau européen la notion de service public n’existe pas, celle de SIG (Services d’Intérêt Général) qui la remplace est avant tout le résultat d’un compromis. De même, il faut rappeler que l’exception culturelle n’existe pas non plus. Le combat qui l’a portée a néanmoins abouti à la reconnaissance du principe de diversité culturelle, qui est un compromis entre l’exception culturelle (souvent conçue comme un moyen de lutte contre la culture anglo-saxonne) et le multiculturalisme (qui favorise l’expression des différences culturelles). Nul doute que certains eussent aimé libéraliser encore plus ; il ne faut donc pas bouder cette avancée…toute relative. L’article 8 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle (UNESCO, 2001) affirme la « […] spécificité des biens et services culturels qui, parce qu’ils sont porteurs d’identité, de valeurs et de sens, ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres. » (1), et l’article 11 souligne « le rôle primordial des politiques publiques, en partenariat avec le secteur privé et la société civile. » (2) Sans le dire ainsi, il s’agit de permettre l’ouverture à la concurrence du secteur culturel. Le partenariat public-privé en est un avatar. Or, on peut trouver une définition intéressante de ce qu’est un partenariat sur le site de la Banque Mondiale (Département de l’évaluation des opérations) : « C’est une relation fondée sur une collaboration visant à atteindre des objectifs fixés d’un commun accord et comportant un partage des responsabilités pour les résultats obtenus, les parties devant rendre compte séparément de leur action et étant liées par des obligations réciproques. Le terme de partenariat est vide de sens en l’absence d’une vision commune, d’enjeux communs, d’une répartition claire des tâches, ou bien si une partie exerce une influence disproportionnée et si la répartition des coûts et avantages est inéquitable. » Voilà un texte qui gagnerait à être lu par ceux qui nous gouvernent… « les mots c’est important », s’indignait Moretti dans Palombella rossa.
    Pourtant, dans la façon dont l’Etat et les collectivités organisent la mise en concurrence dans le secteur de la formation et de l’éducation, notamment au travers des procédures d’appels d’offres, c’est bien le fondement même de l’action partenariale qui est violemment attaqué. La « révision générale » vise à laisser libre champ au marché, et surtout à écarter définitivement l’idée même qu’une alternative est économiquement possible. La mise en place d’Agences nationales par secteur (de l’AFIP pour les prisons au futur CNC) se fait au détriment des services déconcentrés, qui soutiennent pourtant des initiatives au plus près des réalités socioculturelles. Cette politique est menée sous couvert de l’Union européenne. Mais les textes communautaires et internationaux nous donnent des outils pour contester le bien-fondé de cette politique meurtrière. Pour inverser le rapport de forces, il faudrait que l’action culturelle cinématographique, très marginalisée, gagne sa place au sein des réseaux les plus actifs (3). Car le marché cherche de nouveaux débouchés pour doper une croissance en berne. Les secteurs culturel et éducatif sont convoités pour leur haute valeur ajoutée en matière éthique, mais aussi pour la proximité qu’ils permettent avec les moyens et la légitimité d’état ou publique (c’est l’argument de vente de l’ADMIRAL, qui promeut le mécénat d’entreprise à l’encontre de la philosophie partenariale). Il faut dire aussi que l’article III – 167-2 du Traité constitutionnel rejeté par la France en 2005 dispose que « les aides d’Etat sont, par principe, interdites, mais que dans le domaine culturel des aides peuvent être autorisées après examen par la Commission » (4).
    Les pratiques évaluatives, développées à la faveur de la décentralisation, sont conçues comme un des outils de domestication de l’action culturelle. Des critères d’expertise faussement rationnels pervertissent le partenariat, ramenant le porteur de projet au rôle de prestataire. Face à l’offensive, que peut l’action culturelle ? Elle doit tout d’abord gagner en cohérence et en représentativité (un syndicat ?), oser associer aux revendications générales (diversité culturelle, soutien à la création et à la diffusion…) la défense des emplois menacés par les restrictions budgétaires, refonder sa légitimité et ses objectifs, rendre plus compréhensible son discours, encore très technique. Depuis le Front Populaire on a à la fois avancé et stagné (5). Les structures et les actions se sont multipliées, grâce au dynamisme et à l’engagement du secteur associatif et aux soutiens publics, mais la démocratisation culturelle n’est pas un acquis. C’est un projet politique à mettre en œuvre. Nos actions touchent peu les publics populaires, et pourtant, un chemin a été parcouru. C’est cette idée qu’il faut défendre, face à ceux qui jettent des barrages sur la route. Et l’on irait plus vite en Ferrari.


    *Référence au film Highlander


    **Rédacteur à Tausend Augen



    NOTES
    1-c’est nous qui soulignons.
    2-La Convention sur la diversité culturelle ratifiée par l’Union européenne est entrée en vigueur en mars 2007.
    3-Ceux-ci se composent notamment de : la Convention Internationale des Collectivités locales pour la promotion des services publics face à l’AGCS (créée en 2005) http://agcs-gats.org ; l’AFCCRE (Association Française du Conseil des Communes et Régions d’Europe ; la Coalition Française pour la Diversité Culturelle (section française des Coalitions européennes) ; et de www.relais-culture-europe.org
    4-voir le site de la sacd.
    5-Michel de Certeau, L’invention du quotidien, 2 volumes, Gallimard, Folio, Paris, Rééd. 1990



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    Après toutes ces émotions sportives et tandis que le Tour bat son plein, en attendant les J.O. qui s'annoncent passionnants eux aussi, le Blog de T.A. fait une pause. On se retrouve la semaine prochaine.