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  • Régis Dubois à Aubagne

    Notre rédacteur Régis Dubois animera un débat au Festival du Film militant d'Aubagne autour de son dernier livre Hollywood, cinéma et idéologie le mercredi 8 octobre de 17h30 à 19h00.

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  • Entretien avec Claire Fontaine

     

    L'art et le monde/la scène de l'art seraient-ils un de ces oasis dont parle Bernard Aspe (L'instant d'après, projectiles pour une politique à l'état naissant, La Fabrique, 2006), perçu comme "antipolitique" et où il est possible de créer, de renverser les perspectives ?

    Claire Fontaine : Bernard Aspe reprend l’idée de Hannah Arendt sur l’amour et l’art comme des refuges a-politiques, c’est une conviction d’une autre époque. Personnellement je trouve cette idée odieuse, si l’on vit l’amour ou l’art de manière petite-bourgeoise et séparée c’est bien une position politique que l’on occupe en faisant ceci. La condamnation des « refuges » des gens, des bulles dans lesquelles la population de nos villes et de nos campagnes a besoin de s’enfermer est compréhensible, mais d’une certaine manière c’est l’échec de la création d’espaces sociaux et humains à la fois radicaux et viables qui a amené à cet état de choses et pas seulement la militarisation de l’espace publique qui s’est parachevée dans les dernières dix années. Par ailleurs il n’y a pas d’oasis ni politique ni a-politique, la lutte de classe est partout, on peut se découper une situation plus ou moins privilégiée toujours par ses talents personnels (être artiste, braqueur de banque, top model ou héritier de fortune) à mon sens ces solutions suscitent l’envie des autres, beaucoup de solitude et ne donnent pas d’accès véritable à la liberté. C’est une évidence que le système est malade et que n’importe quelle position on y occupe est contaminée par cette infection, cela n’empêche pas de continuer à chercher et trouver le bonheur là où il se présente et de chercher à le partager. Le vrai bonheur, ainsi que la vraie liberté, se trouve dans les rapports sociaux et pas dans les possessions ou dans le pouvoir – désolée de débiter des banalités anarchistes de base ! Le monde de l’art ne me paraît pas fonctionner sur des principes communistes, socialistes ou anti-capitalistes, donc je ne vois pas en quoi celui-ci constituerait une oasis.

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    (Lettera aperta a un giornale della sera / Lettre ouverte à un journal du soir, de Francesco Maselli, 1970)


    (LIRE L'INTEGRALITÉ DE CET ENTRETIEN DANS LE N°32 DE TAUSEND AUGEN)
  • Entretien avec Bruce Labruce

    Si vous êtes tellement révolutionnaires, anti-establishment et tout, vous devriez être capables d'accepter l'idée qu'on puisse être homosexuel, bisexuel et même transgenre”.

    Entretien avec Bruce Labruce et Jürgen Brüning

     

    Bruce Labruce est venu présenter son dernier film Otto or Up with the Dead People et nous en avons profité pour interviewer celui que nous avions découvert en 1997 au Freak Zone (Festival du film trash de Lille) avec son remarquable Hustler White. Cinéaste canadien œuvrant dans le porno comme dans le circuit Art et Essai, il articule une critique des tendances identitaires et hégémoniques infra-communautaires avec un humour délié et des jeux sur les conventions du porno comme genre. Son producteur allemand, Jürgen Brüning, fondateur de deux sociétés de production de films gays porno (Cazzo Film et Wurst Film) ainsi que du Porn Film Festival de Berlin dont une version française devrait voir le jour en 2008, l’accompagnait et a répondu à nos questions en nous offrant une vision désillusionnée de l’industrie porno avec ses hiérarchies et systèmes de classe.

     

    Comment en êtes-vous arrivé à faire du cinéma ?

    Bruce Labruce : J'ai fait une école de cinéma, tout simplement. Je suis entré à l'université vers dix-huit ou dix-neuf ans et j'ai suivi l'enseignement en section production de l'école de cinéma pendant deux ans. Mais j'ai fini par juger ça bien trop compliqué, techniquement parlant, et trop coûteux, alors je me suis réorienté vers l'étude de la théorie du cinéma, obtenant un Master en théorie du cinéma et en étude de la pensée socio-politique. Mais au moment où j'écrivais ma thèse, j'ai commencé à fréquenter le milieu de l'art alternatif de Toronto et à tourner des films en super-8 (comme plein de gens à cette époque). En fait, c'est à ce moment-là que j'ai rencontré Jürgen [Brüning] parce qu'il était conservateur invité à Hallwalls, une grande galerie d'art à Buffalo, dans l'Etat de New York. On est remontés ensemble à Toronto où nous avons découvert de nouveaux films, et il a vu mes coups d'essai. J'ai toujours été intéressé par le cinéma. J'ai grandi en regardant les films d'Hollywood dont mes parents en particulier étaient très fans. Ils nous amenaient au drive-in tous les week-ends. J'ai grandi dans une petite ville isolée de tout. Nous ne recevions que quelques chaînes de télévision, alors regarder ces films était pour moi une façon de tisser des liens avec le monde extérieur et de fuir cette petite communauté de fermiers, que je haïssais.

     

    (LIRE LA SUITE DANS LE N°32 DE TAUSEND AUGEN)

     

  • A la recherche du Point G

    Nous publions ci-dessous le début du texte d'introduction au dossier du n°32 de Tausend Augen.

     

    « Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles, car elles sont dans le désert, où il faut aller les chercher »

     

    Depuis le début de l’année 2008, la France commémore le quarantième anniversaire de Mai 1968 à grand renfort de publications, de colloques universitaires et autres diffusions télévisuelles. Malgré les sempiternelles diatribes médiatiques proférées par la communauté des « repentis » qui depuis trois décennies ne cessent de faire de « la pensée 68 » le terreau d’une corruption de la société française, le mois de mai continue à bénéficier d’une grande popularité auprès des Français et les « années 68 » d’être perçues comme autant d’expressions d’une « révolution culturelle » en marche.

    Commentant les « événements » peu de temps après leur déroulement, Michel de Certeau avait déjà mis en évidence leur nature profondément novatrice au sein de la société française d’après-guerre. Selon lui, « il s’est produit ceci d’inouï : nous nous sommes mis à parler. Il semblait que c’était la première fois. De partout, sortaient les trésors, endormis ou tacites, d’expériences jamais dites ». Cette scène de la révolte où se sont rencontrés divers acteurs de la contestation sociale a ainsi donné lieu à un large mouvement d’ « insurrection des savoirs assujettis » dont on ne peut guère nier les résonances historiques et culturelles au sein de l’hexagone.

    La dynamique utopique qui présidait aux soulèvements de Mai contraste avec l’absence de perspectives sociales d’une gauche française contemporaine en mal d’identité. Perdue dans les méandres d’une crise de légitimité sans précédent, cette gauche parlementaire (du PS aux divers partis d’extrême gauche) reste enserrée dans l’orbe défini par le mouvement de l’hégémonie capitaliste. Face à l’unique « grand récit » de la postmodernité qui prophétise un avenir mondial consubstantiel aux formes et figures imposées par le libéralisme et où se trame entre les fils de « la guerre de tous contre tous » (Hobbes) la mise en concurrence des peuples sur le marché globalisé, la gauche apparaît d’autant plus impuissante qu’elle semble piégée dans les impasses de son propre « musée imaginaire ». Privée de véritables projets, la gauche française demeure essentiellement tournée vers la contemplation de sa propre mémoire et de ses propres fictions identitaires