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  • De femme-victime à femme-monstre : film d'horreur, Woman's film et féminisme dans Rosemary's baby

    Par Pascale Fakhry

    Le récit du film d'horreur s'organise autour de trois grands rôles : celui du monstre, du héros et de la victime. Les rôles du monstre - dont l'apparition déclenche l'action - et du héros - dont l'intervention vise à clore le récit - sont deux rôles actifs alors que celui de la victime - objet de l'attaque du monstre et de l'action salvatrice du héros - est un rôle passif. Comme l'a montré Andrew Tudor, dans la période classique du genre (1931-1960), la distribution des rôles passifs et des rôles actifs est sexuellement déterminée : les monstres et les héros, qu'il désigne par le terme d'« experts », sont en majeure partie interprétés par des comédiens masculins, alors que « dans le film d'horreur pré-1970, il est rare de trouver des femmes occupant un rôle narratif et social en dehors de celui de victime. »(1). En outre, dans le film d'horreur classique, les personnages actifs et masculins sont aussi les personnages auxquels le récit accorde la plus grande profondeur psychologique et qui concentrent sur eux l'implication spectatorielle. Les victimes, par contre, personnages que Tudor qualifie de « citoyens de seconde classe du genre », n'existent que pour « fournir le terrain humain sur lequel monstres et experts, menace et défense, pulsions de désordre et d'ordre peuvent se battre »(2).

    Cependant, dans les années 1960, le récit de certains films d'horreur tels que Psycho (Alfred Hitchcock, 1960) ; The Haunting (Robert Wise, 1963) ; The Birds (Alfred Hitchcock, 1963) et Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968), s'articule autour d'une victime féminine passive qui fonctionne comme le point focal principal du récit. Ce personnage constitue, à ce titre, une transition entre deux conceptions fondamentalement différentes et historiquement marquées du personnage féminin dans le film d'horreur. En effet, à partir de la moitié des années 1970, un nouveau sous-genre de l'horreur voit le jour avec la sortie de Texas Chain Saw Massacre (Tobe Hooper, 1974) et de Halloween (John Carpenter, 1978), le slasher. Ce sous-genre, pour la première fois dans l'histoire du film d'horreur, se construit autour d'un personnage principal féminin héroïque. Le récit du slasher s'organise autour d'une formule relativement stable : le monstre, un tueur « psycho » masqué, s'en prend à un groupe d'adolescents qu'il massacre un à un à l'aide d'une arme tranchante. La seule survivante du massacre est, en général, une jeune femme blanche, que Carol Clover désigne par le terme de « Final Girl »(3), qui est aussi poursuivie par le monstre mais qui, durant les dernières minutes du film, commence à le combattre et finit par l'éliminer.

    Je me propose donc d'analyser le personnage principal féminin de Rosemary's Baby de Roman Polanski afin de mettre en évidence la manière dont Rosemary annonce l'avènement de l'héroïne féminine du genre et la mesure dans laquelle l'émergence de ce personnage est influencée par le discours naissant de la deuxième vague de féminisme. Je voudrais, dans un deuxième temps, explorer, à partir de ce film, les transformations que la naissance d'un personnage principal féminin a provoquées au sein du genre et de sa structure sémantico-syntaxique.

     

     

    (1)Andrew Tudor, Monsters and Mad Scientists: a Cultural History of the Horror Movie, Oxford, Basil Blackwell, 1989, p. 126: « In pre-seventies horror movies it is very rare to find women occupying the narrative and social focus other than as victims » (Notre traduction, comme toutes les traductions présentées dans cet article, sauf indication contraire).

    (2)Ibid., p. 119: « Second-class citizens of the genre » ; « ...they are there to provide the human ground over which monsters and experts, threat and defender, disordering and ordering impulses can battle it out ».

    (3)Cf. Carol J. Clover, Men, Women and Chain Saws : Gender in the Modern Horror Film, Londres, BFI, 1992.

     

    (Découvrez la suite de l'article de Pascale Fakhry dans le n°33 de Tausend Augen)

  • "Touche pas la femme blanche : La Journée de la Jupe ou le féminisme instrumentalisé par l'islamophobie"

    Par Geneviève Sellier (1)

    Le succès du film Indigènes au Festival de Cannes et sur les écrans en 2006 et la popularité grandissante du comédien Jamel Debbouze (producteur du film) à la télévision avec le Jamel Comedy Club sur Canal+ (2006) semblaient témoigner d'une nouvelle visibilité positive des minorités françaises issues des anciennes colonies, mais la diffusion sur Arte (la chaîne culturelle franco-allemande) en 2009 de La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani, réactive les débats qui ont secoué le pays en 2004 au moment du vote de la loi sur les signes religieux à l'école publique, plus connue comme « loi contre le foulard » (ou « contre le voile »). Avant qu'un groupe de députés de tous bords ne soulève en juin 2009 le « problème de la burqa », immédiatement repris par toute la presse puis par le Président de la République dans son discours devant le Congrès réuni à Versailles le 22 juin, laissant penser que la laïcité républicaine serait menacée par les quelques femmes (2) qui se couvrent d'un voile intégral (3). Cette réactivation régulière d'une figure d'altérité menaçante liée à l'islam permet de créer une union sacrée autour de la défense des valeurs « républicaines » et « laïques » qui dispense de lutter concrètement d'une part contre les discriminations de toutes sortes qui frappent les Français-es issu-e-s des anciennes colonies et d'autre part contre les inégalités persistantes entre hommes et femmes dans la société française.

    [...]


    (1) Je remercie Sophie Broza, Delphine Chedaleux, Astrid Condis, Mehdi Derfoufi, Gwenaëlle Le Gras et Charlotte Sanson de leurs remarques qui ont enrichi cet article.

    (2) Deux notes de la police française, transmises au gouvernement, concluent que le port de la burqa est un phénomène ultra-minoritaire, selon Le Monde du 29 juillet 2009. L'une des deux notes, celle qui provient de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), estime que 367 femmes porteraient la burka en France. Ce chiffre est issu de l'observation, sur tout le territoire, des équipes des services de renseignements. «Une majorité de ces femmes identifiées portent le voile intégral volontairement; la plupart d'entre elles ont moins de 30 ans; 26% sont des Françaises converties à la religion musulmane ».

    (3) Une commission parlementaire a même été créée pour traiter de ce grave problème, au moment où la crise économique entraine en France des milliers de suppression d'emplois...


    (Lire l'intégralité de l'article de Geneviève Sellier dans le n°33 de Tausend Augen)

     

  • Dans le blanc des Yeux

    DANS LE BLANC DES YEUX

    DIVERSITE, REPRESENTATION RACIALE ET VISIBILITE

    Par Maxime CERVULLE

     

    À l'heure où, en France, le débat sur la « diversité » ne cesse de multiplier ses foyers, cet article aborde la question du rôle joué par la « race » dans nos rapports à la culture audiovisuelle et à l'identité. Des entreprises privées, dont une centaine ont récemment signé une « Charte de la diversité », jusqu'au discours du Président de la République Nicolas Sarkozy, annonçant sa volonté d'inscrire la notion de « diversité » dans le préambule de la Constitution, les questions de race et d'ethnicité trouvent aujourd'hui de nombreux espaces de discussions. Monde du travail, éducation, recherche, politique, culture : tous ces pôles se trouvent aujourd'hui directement confrontés aux enjeux de la « diversité ».

    Bien que s'inscrivant au sein d'un ensemble de réflexions actuelles autour de la valorisation de la diversité dans la sphère publique hexagonale, et notamment des débats autour de la sous- ou non-représentation des minorités ethnoraciales sur les écrans, cet article interroge ces enjeux à rebours en analysant le point aveugle du débat : la sur-représentation, voire la quasi omniprésence, des identités blanches dans les cultures audiovisuelles. En ce sens, s'il ne s'agit pas tant à proprement parler d'analyser la diversité des écrans, qu'une forme d'hégémonie culturelle, l'hégémonie blanche. Nous verrons que l'interrogation de ce mode de représentation, ainsi que du rapport qu'entretiennent les publics avec celui-ci, devrait permettre une réflexion sur les freins à la diversité.



    Une première version de cet article a été présentée sous le titre « Politique de l'image : les Cultural Studies et la question de la représentation (raciale) »  lors de la journée d'étude Cultural Studies : genèse, objets et traductions organisée par la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou à Paris le 20 mars 2009.

    Voir la Lettre de Mission de Valérie Pécresse datée du 5 février 2008, in Michel Wieviorka, La Diversité. Rapport à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Paris, Robert Laffont, 2008, p. 7-12.

     

    (la suite de cet article dans le n°33 de Tausend Augen)

  • Les adolescents préférent lire les journaux en ligne que s'informer sur twitter

    Alors que la plupart des adolescent rejettent Twitter et l'alimentation de blog, 62% d'entre eux aiment lire les journaux d'information en ligne, selon une étude américaine. Dommage pour ceux qui font du web et des adolescents (ou jeunes en général) des incultes inadaptés sociaux etc. et qui en profitent en catimini pour réaffirmer des distinctions culturelles/de classe.

    C'est le dernier d'une série d'articles (en anglais) de Mercedes Bunz:

    Where do you wanna go tomorrow?

    Did you have a Happy Data Protection Day?
    Google’s motto “Don’t be evil!” isn’t an ethical statement anymore but an economical statement as today companies want to invade your privacy, but they will be careful not giving you the feeling they exploit it

    Can the Apple iPad save newspapers?
    The Apple iPad can reintroduce the serendipity of reading we know from print. Will you pay for that?


    Will the Apple iPad eat your TV?

    Apple’s iPad offers an attractive platform for video – including from live sporting events. Television may feel the effects

    Do newspapers have to become retailers?
    Telegraph.co.uk’s new strategy will focus on content, commerce and clubs – not user figures, says Telegraph Media Group digital editor

    Teens prefer reading news online to Twitter
    While most teenagers reject Twitter and blogging, 62% of them like to read their news online, US research reveals

     

    PS: "In fact, among all the content creating activities the decline in blogging among teens and young adults is striking as it looks like the youth may be exchanging "macro-blogging" for microblogging with status updates." écrit encore Mercedes Bunz dans son étude, ce qui rejoint les observations d'André Gunthert sur le bilan du web 2.0.

  • FICAM 2010 à Meknès - Appel

    Le Festival International de Cinéma d’Animation de Meknès, FICAM®, célèbrera
    ses 10 ans d’existence du 6 au 14 mai 2010. Unique festival dédié au cinéma
    d’animation en Afrique et dans le monde arabe, FICAM® a acquis au fil des
    ans une notoriété indiscutable auprès du public et des professionnels qui le
    fréquentent en nombre croissant à chaque édition !



    FICAM® 2010 ce sera une soixantaine de films projetés : des courts et longs
    métrages, des avant-premières, des cartes blanches consacrées à de grands
    noms de l’animation. Paul DRIESSEN, Michel OCELOT, Hélène VAYSSIERES de la
    chaine Arte, Izabella RIEBEN de la TSR, ou encore les programmateurs
    d’ANIMA-Bruxelles, du festival d’Annecy, du festival de Clermont Ferrand et
    d’Animafest-Zagreb ont déjà répondu présents à notre invitation…



    Pour la seconde année, FICAM® organise une compétition internationale de
    courts-métrages d’animation assorti d’un premier prix doté de 3000 euros :
    le Grand Prix du court métrage d’animation FICAM®, qui sera désigné par le
    jury, présidé cette année par Florence Miailhe, réalisatrice d’animations
    multi-primées !



    Vous trouverez ci-joints le règlement et le formulaire d’inscription. Je
    vous remercie de l’écho que vous pourrez donner à cette compétition !
    L‘inscription se clôture le 7 mars, plus une minute à perdre !



    FICAM - Festival International de Cinéma d'Animation de Meknès

    Julie Charnay

    Chargée de Mission

    Institut Français de Meknès - Maroc

    ac2@ifmeknes.ma 

    00 212 (0) 535 51 65 00




    Toutes les infos sur le festival ainsi que les règlement et formulaires
    d’inscription à télécharger sur le site officiel du FICAM®,
    <http://www.ficam.ma/> www.ficam.ma

  • Le "malandro" dans le cinéma brésilien des années de la dictature : un modèle performatif du masculin

    Par Alberto Da Silva

    (Texte complet à paraître dans le n°33 de Tausend Augen)

     

     

    En 1986, à la fin de la dictature militaire brésilienne qui dura 21 ans, Ruy Guerra réalise Ópera do Malandro. Ce film fut une adaptation au cinéma d'une comédie musicale écrite par Chico Buarque de Hollanda dans les années 1970, qui eut un énorme succès à cette époque-là. Basé sur un texte de Brecht, l'Opéra de quat'sous, Ópera do Malandro raconte l'histoire de Max Overseas dans les années 1930 et 1940, mi-voyou mi-maquereau du quartier de Lapa, le centre de la bohème carioca (de Rio de Janeiro). Max est entretenu par Margot, prostituée et ex-femme de Tigrão, chef de la police et ami d'enfance de Max. Margot travaille dans le bordel d'Otto Struedel, un Allemand qui habite au Brésil depuis des années. Vers la fin du film, Otto Struedel se trouvera dans une situation compliquée, car c'est le moment où le Brésil s'engage dans la deuxième guerre mondiale aux côtés des Alliés. Alternant les fortes influences des comédies musicales hollywoodiennes et du cinéma de Jacques Demy, le film met en scène un personnage qui est un type masculin toujours présent dans l'imaginaire collectif de la société brésilienne : présent dans la littérature, dans le théâtre, dans le cinéma et dans la musique - principalement dans les paroles des sambas.

    Il est difficile de traduire le terme malandro en français, car  « le malandro est un personnage qui se définit par un mode d'existence reposant sur l'improvisation permanente, utilisant toutes les ressources de la « débrouille » individuelle : marginal sans l'être tout à fait, malhonnête sans être complètement délinquant, il se caractérise par une dérision permanente de l'ordre établi ».

     

    En fait, le malandro est le fruit d'une série des stéréotypes qui ont tout d'abord été utilisés pour désigner les noirs brésiliens.


    DA MATTA, Roberto. Carnavals, bandits et héros : ambiguïtés de la société brésilienne. Traduction du portugais par Danielle Birck, Paris :Éditions du Seuil, 1983, pp.20.